Fondée en 1992, l’Internet Society (ISOC) est un organisme professionnel international non gouvernemental qui rassemble divers groupes d'intérêt afin de coordonner et promouvoir le développement du réseau. L’ISOC est dirigée par Vinton Cerf, souvent appelé le père de l’internet parce qu’il est l’inventeur du protocole TCP/IP, à la base de tout échange de données.

Fondé en 1994, le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel international qui développe les protocoles communs nécessaires à la croissance du web. Dirigé par Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web, il réunit les entreprises qui comptent dans le monde de l’internet.

= L’internet et les autres médias

L’internet est-il un concurrent direct de la télévision et de la lecture? Au Québec, un sondage réalisé en mars 1998 par l’institut Som pour le compte du magazine Branchez-vous! 30,7% de la population est connectée à l’internet. 28,8% des Québécois connectés regardent moins la télévision qu’avant. Par contre, seuls 12,1% lisent moins, ce qui, d'après le cybermag Multimédium, est "plutôt encourageant pour le ministère de la Culture et des Communications qui a la double tâche de favoriser l'essor de l'inforoute et celui… de la lecture!"

Lors d'un entretien en janvier 1998 avec Annick Rivoire, journaliste à Libération, Pierre Lévy, philosophe, explique que l’internet va contribuer à la fin des monopoles: "Le réseau désenclave, donne plus de chance aux petits. On crie "ah! le monopole de Microsoft", mais on oublie de dire que l'internet sonne la fin du monopole de la presse, de la radio et de la télévision et de tous les intermédiaires."

Fondateur de l'Internet Society (ISOC), Vinton Cerf insiste régulièrement sur le fait que l’internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des idées. Il explique aussi: "Le réseau fait deux choses (…): comme les livres, il permet d'accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation avec d'autres informations. Alors que, dans un livre, l'information est maintenue isolée."

C’est ce que Pierre Lévy définit comme l’intelligence collective: "Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en complémentarité, en synergie."

D'après Timothy Leary, autre philosophe adepte du cyberespace, le 21e siècle verra l’émergence d’un nouvel humanisme, dont les idées-force seront la contestation de l’autorité, la liberté de pensée et la créativité personnelle, le tout soutenu et encouragé par la vulgarisation de l’ordinateur et des technologies de la communication. Dans son livre Chaos et cyberculture (publié en 1997 aux éditions du Lézard), il écrit: "Jamais l’individu n’a eu à sa portée un tel pouvoir. Mais, à l’âge de l’information, il faut saisir les signaux. Populariser signifie 'rendre accessible au peuple'. Aujourd’hui, le rôle du philosophe est de personnaliser, de populariser et d’humaniser les concepts informatiques, de façon à ce que personne ne se sente exclu."

Lors d'une entrevue accordée en automne 1997 à François Lemelin, rédacteur en chef de L'Album (qui est la publication officielle du Club Macintosh de Québec), Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, explique: "Je crois que le médium (l’internet, ndlr) va continuer de s'imposer, puis donner lieu à des services originaux, précis, spécifiques, quand on aura trouvé un modèle économique de viabilité. (…) Quand un nouveau médium arrive, il se fait une place, les autres s'ajustent, il y a une période de transition, puis une 'convergence'. Ce qui est différent, avec internet, c'est la dimension interactive du médium et son impact possible. C'est la donnée sur laquelle on réfléchit encore, on observe. Aussi, comme médium, le net fait émerger de nouveaux concepts sur le plan de la communication, et sur le plan humain, et ce même pour les non branchés. Je me souviens (…) quand McLuhan est arrivé, fin des années soixante, avec son concept de 'village global' en se basant sur la télévision, le téléphone, et qu'il prévoyait les échanges de données entre ordinateurs. Eh bien il y a eu des gens, en Afrique, sans télévision et sans téléphone, qui ont lu et qui ont compris McLuhan. Et McLuhan a changé des choses dans leur conception de voir le monde. Internet a ce même effet. Il provoque une réflexion sur la communication, la vie privée, la liberté d'expression, les valeurs auxquelles on tient, celles dont on est prêt à se débarrasser, et c'est ça qui en fait un médium si puissant, si important."

= Un réseau qui devient multilingue