Lucie Boutiny, qui participe à ce vaste mouvement, relate en juin 2000: "Depuis l’archaïque minitel si décevant en matière de création télématique, c’est bien la première fois que, via le web, dans une civilisation de l’image, l’on voit de l’écrit partout présent 24 h / 24, 7 jours / 7. Je suis d’avis que si l’on réconcilie le texte avec l’image, l’écrit avec l’écran, le verbe se fera plus éloquent, le goût pour la langue plus raffiné et communément partagé." Un beau pari pour les écrivains des années 2000.
Cet avis est partagé par Nicolas Pewny, consultant en édition électronique, qui écrit en février 2003: "Je vois le livre numérique du futur comme un 'ouvrage total' réunissant textes, sons, images, vidéo, interactivité: une nouvelle manière de concevoir et d’écrire et de lire, peut-être sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce que l’on a lu, unique et multiple compagnon."
= L’édition électronique
De même que la littérature numérique contribue au renouvellement du littéraire, l’édition électronique contribue au renouvellement de l’édition. De nombreux auteurs mettent leurs espoirs dans l’édition électronique, commerciale ou non, pour bousculer une édition traditionnelle qui aurait fort besoin d’une cure de rajeunissement et d’une redéfinition de ses objectifs. Quelque peu oubliée, semble-t-il, la tâche d’un éditeur n’est-elle pas d’abord de découvrir des auteurs et de promouvoir leurs oeuvres?
Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditant ses oeuvres, se réjouit du mouvement qui se dessine dans ce sens. En mai 2001, elle écrit: "Certains éditeurs on line tendent à se comporter comme de véritables éditeurs en intégrant des risques éditoriaux comme le faisaient au début du siècle dernier certains éditeurs classiques. Il est à ma connaissance absolument inimaginable de demander à des éditeurs traditionnels d’éditer un livre en cinquante exemplaires. L’édition numérique offre cette possibilité, avec en plus réédition à la demande, presque à l’unité. (…) Je suis ravie que des techniques (internet, édition numérique, ebook…) offrent à des auteurs des moyens de communication leur permettant d’avoir accès à de plus en plus de lecteurs."
De plus, l’existence de livres numériques braille et audio permet pour la première fois aux personnes handicapées visuelles d’accéder à l’ensemble du patrimoine scientifique et littéraire. Toutefois, dans de nombreux pays, l’édition spécialisée est toujours confidentielle sinon clandestine, le problème du droit d’auteur sur les transcriptions n’étant toujours pas résolu.
= La diffusion libre du savoir
Fait qui vaut aussi pour les voyants, certains préfèrent la rentabilité économique à la diffusion gratuite du savoir, y compris pour les oeuvres tombées dans le domaine public. On a d’un côté des éditeurs électroniques qui vendent notre patrimoine littéraire en version numérique, de l’autre des bibliothèques numériques qui le scannent en mode texte pour le diffuser gratuitement à l’échelle de la planète. De même, on a d’une part des organismes publics et privés qui monnaient leurs bases de données au prix fort, d’autre part des éditeurs et des universités qui mettent leurs publications et leurs cours en accès libre sur le web. Reste à savoir si, pour les premiers, les profits dégagés en valent vraiment la peine. Dans de nombreux cas, il semblerait que la somme nécessaire à la gestion interne soit au moins équivalente aux gains réalisés. Est-il vraiment utile de mettre un pareil frein à la diffusion de l’information pour un profit finalement nul? Comme l’explique en février 2001 Russon Wooldridge, professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, "il est crucial que ceux qui croient à la libre diffusion des connaissances veillent à ce que le savoir ne soit pas bouffé, pour être vendu, par les intérêts commerciaux."
La diffusion gratuite du savoir n’est toutefois possible que parce qu’il existe en amont des organismes financeurs, par exemple des universités ou des laboratoires de recherche. Ou alors parce qu’une petite équipe en place (rémunérée) est relayée par un vaste réseau de volontaires (bénévoles) gagnant leur vie par ailleurs et décidant de consacrer une partie de leur temps à une activité qu’ils estiment importante pour le bien de la collectivité. C’est le cas du Projet Gutenberg, pionnier des bibliothèques numériques, ou encore de Bookshare.org, bibliothèque numérique à destination des aveugles et malvoyants résidant aux Etats-Unis.
= De nombreuses questions