En 1997, le web est anglophone à 82,3%, d’après Babel, un projet conjoint de l’Internet Society et d’Alis Technologies pour contribuer à l’internationalisation de l’internet.
À ses débuts, l'internet est anglophone à pratiquement 100%, puisqu'il débute en 1974 aux États-Unis en tant que réseau reliant les agences gouvernementales, les universités et les centres de recherche, grâce aux investissements considérables du gouvernement, avant de s’étendre à la communauté anglophone puis au monde entier. Son développement rapide est favorisé par l’invention du web en 1990 par Tim Berners-Lee puis le lancement en novembre 1993 du premier navigateur Mosaic, ancêtre de Netscape.
«Vers la communication sur internet dans toutes les langues…», tel est le sous-titre de la page d'accueil de Babel, une initiative de l’Internet Society et d’Alis Technologies. Pour mémoire, rappelons que l’Internet Society est fondée en 1992 par Vinton Cerf pour favoriser le développement de l’internet et qu’Alis Technologies est une société spécialisée dans le traitement automatique des langues.
En 1997, le site plurilingue (anglais, allemand, espagnol, français, italien, portugais, suédois) de Babel propose deux grands secteurs pour sa partie francophone: (a) un secteur «langues» en trois parties: langues du monde, glossaire typographique et linguistique, Francophonie; (b) un secteur «internet et multilinguisme» en deux parties: développer votre site web multilingue, codage des écritures du monde.
Babel mène la première étude sur la répartition des langues sur le web et publie cette étude dans les sept langues du site. Disponible en ligne en juin 1997, le « Palmarès des langues de la toile » donne les pourcentages de 82,3% pour l'anglais, 4% pour l'allemand, 1,6% pour le japonais, 1,5% pour le français, 1,1% pour l'espagnol, 1,1% pour le suédois et 1% pour l'italien.
Ce pourcentage de 82,3% pour l’anglais peut s’expliquer par plusieurs facteurs: (a) l’usage de l'anglais en tant que principale langue d’échange internationale; (b) la création d’un grand nombre de sites web aux États-Unis et au Canada depuis les débuts du web en 1990; (c) une proportion d'usagers particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde, les ordinateurs étant bien meilleur marché qu'ailleurs, tout comme la connexion à l'internet sous forme de forfait mensuel à prix modique.
Selon Global Reach, société spécialisée dans l’internationalisation et la localisation des sites web, les usagers non anglophones sont au nombre de 56 millions en juillet 1998, avec 22,4% d’usagers hispanophones, 12,3% d’usagers nippons, 14% d’usagers germanophones et 10% d’usagers francophones. Sur les 500 millions d’habitants que compte l’Europe, 15% sont de langue maternelle anglaise, 28% ne parlent pas l’anglais et 32% consultent des pages web en anglais.
D’après Randy Hobler, un consultant en marketing internet de logiciels et services de traduction interviewé en septembre 1998, «l’augmentation de pages web dans d’autres langues que l’anglais n’est pas seulement due au fait qu’il y ait plus de sites et d’usagers dans des pays non anglophones, mais elle est également due au fait que les sociétés et les organisations localisent davantage leurs sites web et au fait qu’on utilise davantage la traduction automatisée pour proposer des sites web à partir ou vers d’autres langues.»
Randy explique aussi: «Comme l’internet n’a pas de frontières nationales, les internautes s’organisent selon d’autres critères propres au médium. En termes de multilinguisme, vous avez des communautés virtuelles, par exemple ce que j’appelle les "nations de langues", tous ces internautes qu’on peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur lieu géographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement les internautes d’Espagne et d’Amérique latine, mais aussi tous les Hispanophones vivant aux États-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc.»
Si Randy donne l'exemple d'une «nation de langue» hispanophone répartie sur trois continents, la même remarque vaut pour la Francophonie, une communauté de langue française présente sur cinq continents, ou encore la Créolophonie, une communauté de langue créole présente non seulement dans les Caraïbes mais aussi à Paris, Montréal et New York.