Le concept de «démocratie linguistique» est développé par Brian King, directeur du WorldWide Language Institute (WWLI), dans un entretien daté de septembre 1998: «Dans un rapport de l'UNESCO du début des années 1950, l'enseignement dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme un droit fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent à l'Âge de l'Information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès sans problème de langue. Considérer l'internet comme la chasse gardée de ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne connaissent pas cette langue.»
Jean-Pierre Cloutier est l'auteur des Chroniques de Cybérie, une lettre d'information électronique sur l'actualité de l'internet. Il écrit en août 1999: «Cet été, le cap a été franchi. Plus de 50% des utilisateurs et utilisatrices du réseau sont hors des États-Unis. L'an prochain, plus de 50% des utilisateurs seront non anglophones. Il y a seulement cinq ans, c'était 5%. Formidable, non?»
Les usagers non anglophones atteignent en effet la barre des 50% au cours de l'été 2000. Selon Global Reach, ce pourcentage est de 52,5% en été 2001, 57% en décembre 2001, 59,8% en avril 2002, 64,4% en septembre 2003 (dont 34,9% d’Européens non anglophones et 29,4% d’Asiatiques) et 64,2% en mars 2004 (dont 37,9% d’Européens non anglophones et 33% d’Asiatiques).
De plus, nombre de communautés pratiquent le bilinguisme au quotidien, par exemple à Genève pour le français et l’allemand ou San Francisco pour l’anglais et l’espagnol, avec l'exigence de proposer toutes les informations en deux langues, le cas extrême étant la Communauté européenne avec ses 11 langues officielles en 2003, puis ses 24 langues officielles en 2007 après son élargissement progressif vers l'Europe de l'Est.
VERS UN WEB MULTILINGUE
= Premiers pas
Professeure d’espagnol en entreprise et traductrice, Maria Victoria Marinetti écrit en août 1999: «Il est très important de pouvoir communiquer en différentes langues. Je dirais même que c’est obligatoire, car l’information donnée sur l'internet est à destination du monde entier, alors pourquoi ne l’aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans la langue que nous souhaitons utiliser? Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait contradictoire, pas vrai?»
Yahoo! est précurseur dans ce domaine. En Californie, deux étudiants de l'Université de Stanford, Jerry Lang et David Filo, lancent en janvier 1994 l'annuaire Yahoo! pour recenser les sites web et les classer par thèmes. L'annuaire est un succès, avec un classement plus pointu que celui de moteurs de recherche comme AltaVista, où ces tâches sont entièrement automatisées. Mais, si une recherche ne donne pas de résultat dans Yahoo!, elle est automatiquement aiguillée vers AltaVista, et réciproquement.
Trois ans plus tard, Yahoo! propose un classement en 63 grandes catégories thématiques, tout comme une interface en plusieurs langues: anglais, allemand, coréen, français, japonais, norvégien et suédois.
En décembre 1997, AltaVista est le premier moteur de recherche à lancer un service gratuit de traduction automatisée de l'anglais vers cinq autres langues (allemand, espagnol, français, italien et portugais) et vice versa, la page originale et la traduction apparaissant en vis-à- vis à l’écran. AltaVista Translation, surnommé aussi Babel Fish, est l'œuvre de SYSTRAN, une société franco-américaine pionnière dans le traitement automatique des langues. Babel Fish est alimenté par des dictionnaires multilingues comprenant 2,5 millions de termes.