Bien qu'ayant ses limites, avec une traduction de trois pages maximum et un texte traduit très approximatif, ce service est immédiatement très apprécié des douze millions d'usagers que compte l'internet de l'époque, dont un nombre croissant d'usagers non anglophones. Babel Fish ouvre aussi la voie à d'autres services du même genre - développés entre autres par Alis Technologies, Lernout & Hauspie, Globalink ou Softissimo - et contribue grandement au plurilinguisme du web.

= La Kotoba Home Page

Yoshi Mikami, informaticien à Tokyo (Japon), lance en décembre 1995 le site bilingue anglais-japonais The Languages of the World by Computers and the Internet, plus connu sous le nom de Logos Home Page ou Kotoba Home Page. Le site donne un bref historique de chaque langue, ses caractéristiques, son système d'écriture, son jeu de caractères et enfin la configuration du clavier dans la langue donnée. Yoshi Mikami est également co-auteur (avec Kenji Sekine et Nobutoshi Kohara) de Pour un web multilingue, publié en août 1997 en japonais par les éditions O'Reilly avant d'être traduit en anglais, en allemand et en français (version française parue en septembre 1998).

Yoshi écrit en décembre 1998: «Ma langue maternelle est le japonais. Comme j'ai suivi mes études de troisième cycle aux États-Unis et que j'ai travaillé dans l'informatique, je suis devenu bilingue japonais/anglais américain. J'ai toujours été intéressé par différentes langues et cultures, aussi j'ai appris le russe, le français et le chinois dans la foulée. A la fin de 1995, j'ai créé sur le web The Languages of the World by Computers and the Internet et j'ai tenté de donner - en anglais et en japonais - un bref historique de toutes ces langues, ainsi que les caractéristiques propres à chaque langue et à sa phonétique. Suite à l'expérience acquise, j'ai invité mes deux associés à écrire un livre sur la conception, la création et la présentation de pages web multilingues, livre qui fut publié en août 1997 dans son édition japonaise, le premier livre au monde sur un tel sujet.»

Comment voit-il l'évolution vers un web multilingue? «Il y a des milliers d'années de cela, en Égypte, en Chine et ailleurs, les gens étaient plus sensibles au fait de communiquer leurs lois et leurs réflexions non seulement dans une langue mais dans plusieurs. Dans notre monde moderne, chaque État a le plus souvent adopté une seule langue de communication. A mon avis, l'internet verra l'utilisation plus grande de langues différentes et de pages multilingues - et pas seulement une gravitation autour de l'anglais américain - et un usage plus créatif de la traduction informatique multilingue. 99% des sites web créés au Japon sont en japonais!»

= OneLook Dictionaries

Robert Ware, enseignant, lance en avril 1996 le site OneLook Dictionaries pour permettre une recherche rapide dans des centaines de dictionnaires couvrant divers domaines: affaires, informatique et internet, médecine, religion, sciences et techniques, sports, généralités et argot.

Il explique en septembre 1998: «À titre personnel, je suis presque uniquement en contact avec des gens qui ne pratiquent qu'une langue et qui n'ont pas beaucoup de motivation pour développer leurs aptitudes linguistiques. Être en contact avec le monde entier change cette approche des choses. Et la change en mieux! (…) J'ai été long à inclure des dictionnaires non anglophones (en partie parce que je suis monolingue). Mais vous en trouverez maintenant quelques-uns.»

OneLook Dictionaries compte 2 millions de termes provenant de 425 dictionnaires en 1998, 2,5 millions de termes provenant de 530 dictionnaires en 2000, et 5 millions de termes provenant de 910 dictionnaires en 2003.

Robert Ware raconte aussi dans le même entretien: «Un fait intéressant s'est produit par le passé qui a été très instructif pour moi. En 1994, je travaillais pour un établissement scolaire et j'essayais d'installer un logiciel sur un modèle d'ordinateur particulier. J'ai trouvé une personne qui était en train de travailler sur le même problème, et nous avons commencé à échanger des courriels. Soudain, cela m'a frappé… Le logiciel avait été écrit à 40 kilomètres de là, mais c'était une personne située à l'autre bout du monde qui m'aidait. Les distances et l'éloignement géographique n'importaient plus! Et bien, ceci est formidable, mais à quoi cela nous mène-t-il? Je ne puis communiquer qu'en anglais mais, heureusement, mon correspondant pouvait utiliser aussi bien l'anglais que l'allemand qui était sa langue maternelle. L'internet a supprimé une barrière, celle de la distance, mais il subsiste la barrière de la langue, bien réelle.