Il semble que l'internet propulse simultanément les gens dans deux directions différentes. L'internet, anglophone à l'origine, relie les gens dans le monde entier. Par là même, il favorise une langue commune pour communiquer. Mais il suscite aussi des contacts entre des personnes de langue différente et permet ainsi de développer un intérêt plus grand pour le multilinguisme. Si une langue commune est appréciable, elle ne remplace en aucun cas la nécessité de plusieurs langues. L'internet favorise ainsi à la fois une langue commune et le multilinguisme, et ceci est un facteur qui aide à trouver des solutions. L'intérêt croissant pour les langues et le besoin qu'on en a stimulent de par le monde la création de cours de langues et d'instruments d'aide linguistique, et l'internet fournit la possibilité de les rendre disponibles rapidement et à bon marché.»

= Autres expériences

Même si l'anglais est encore prédominant à la fin des années 1990, les sites bilingues ou plurilingues sont de plus en plus nombreux, ce pour des raisons aussi bien commerciales que culturelles, qui prennent en compte le fait que tout le monde ne comprend pas l'anglais.

Brian King, directeur du WorldWide Language Institute (WWLI), écrit en septembre 1998: «De même que l'utilisateur non anglophone peut maintenant avoir accès aux nouvelles technologies dans sa propre langue, l'impact du commerce électronique peut constituer une force majeure qui fasse du multilinguisme la voie la plus naturelle vers le cyberespace. Les vendeurs de produits et services dans le marché virtuel mondial que devient l'internet doivent être préparés à desservir un monde virtuel qui soit aussi multilingue que le monde physique. S'ils veulent réussir, ils doivent s'assurer qu'ils parlent bien la langue de leurs clients!»

Le réseau ELSNET (European Network in Language and Speech) regroupe une centaine de partenaires académiques et commerciaux, l'objectif étant de mettre sur pied des systèmes multilingues pour la langue parlée et la langue écrite.

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET, explique en septembre 1998: «En tant que citoyen européen, je pense que le multilinguisme sur le web est absolument essentiel. À mon avis, ce n'est pas une situation saine à long terme que seuls ceux qui ont une bonne maîtrise de l'anglais puissent pleinement exploiter les bénéfices du web. En tant que chercheur (spécialisé dans la traduction automatique), je vois le multilinguisme comme un défi majeur: pouvoir garantir que l'information sur le web soit accessible à tous, indépendamment des différences de langue. (…) Je compte passer le reste de ma vie professionnelle à utiliser les technologies de l'information pour supprimer ou au moins réduire la barrière des langues.»

Il ajoute en août 1999: «Je suis de plus en plus convaincu que nous devons veiller à ne pas aborder le problème du multilinguisme en l'isolant du reste. Je reviens de France, où j'ai passé de très bonnes vacances d'été. Même si ma connaissance du français est sommaire (c'est le moins que l'on puisse dire), il est surprenant de voir que je peux malgré tout communiquer sans problème en combinant ce français sommaire avec des gestes, des expressions du visage, des indices visuels, des schémas, etc. Je pense que le web (contrairement au système vieillot du courriel textuel) peut permettre de combiner avec succès la transmission des informations par différents canaux (ou différents moyens), même si ce processus n'est que partiellement satisfaisant pour chacun des canaux pris isolément.»

Pour un véritable multilinguisme sur le web, Steven Krauwer suggère plusieurs solutions pratiques: «(a) en ce qui concerne les auteurs: une meilleure formation des auteurs de sites web pour exploiter les combinaisons possibles permettant d'améliorer la communication en surmontant la barrière de la langue (et pas seulement par un vernis superficiel); (b) en ce qui concerne les usagers: des logiciels de traduction de type AltaVista Translation, dont la qualité n'est pas frappante, mais qui a le mérite d'exister; (c) en ce qui concerne les logiciels de navigation: des logiciels de traduction intégrée, particulièrement pour les langues non dominantes, et des dictionnaires intégrés plus rapides à consulter.»

= L'affaire de tous

Le multilinguisme est l'affaire de tous, témoin cet Appel du Comité européen pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE) qui, diffusé en 1998 dans les onze langues officielles de l'Union européenne (allemand, anglais, danois, espagnol, finlandais, français, grec, hollandais, italien, portugais et suédois), défend «une Europe humaniste, plurilingue et riche de sa diversité culturelle». Le CERCLE propose aux réviseurs du Traité de l'Union européenne douze amendements prenant en compte le respect des cultures et des langues.