Selon Lucie de Boutiny, interviewée en juin 2000, la littérature hypertextuelle, «qui passe par le savoir-faire technologique, rapproche donc le techno-écrivain du scénariste, du dessinateur BD, du plasticien, du réalisateur de cinéma. Quelles en sont les conséquences au niveau éditorial? Faut-il prévoir un budget de production en amont? Qui est l’auteur multimédia? Qu’en est-il des droits d’auteur? Va-t-on conserver le copyright à la française? L’HTX (hypertext literature) sera publiée par des éditeurs papier ayant un département multimédia? De nouveaux éditeurs vont émerger et ils feront un métier proche de la production? Est-ce que nous n’allons pas assister à un nouveau type d’oeuvre collective? Bientôt le sampling littéraire protégé par le copyleft?»
Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditant ses oeuvres, écrit en mai 2001: «Certains éditeurs on line tendent à se comporter comme de véritables éditeurs en intégrant des risques éditoriaux comme le faisaient au début du siècle dernier certains éditeurs classiques. Il est à ma connaissance absolument inimaginable de demander à des éditeurs traditionnels d’éditer un livre en cinquante exemplaires. L’édition numérique offre cette possibilité, avec en plus réédition à la demande, presque à l’unité. (…) Je suis ravie que des techniques (internet, édition numérique, ebook…) offrent à des auteurs des moyens de communication leur permettant d’avoir accès à de plus en plus de lecteurs.»
Pour les documentaires également, on commence à utiliser les formes d’écriture et de lecture devenues courantes dans le domaine de l’hyperfiction. Outre plusieurs possibilités de lecture, linéaire, non linéaire, par thèmes, etc., le documentaire hypermédia offre de réels avantages par rapport au documentaire imprimé. Il permet l’accès immédiat aux documents cités. Les erreurs peuvent être aussitôt corrigées. Le livre peut être régulièrement actualisé, en y incluant par exemple les développements les plus récents sur tel sujet ou les derniers chiffres et statistiques. Ces horripilants index en fin d’ouvrage - mais combien pratiques, au moins quand ils existent - sont remplacés par un moteur de recherche ou une base interactive.
Tout comme pour l’hyperfiction, il reste à inventer un nouveau type de maison d’édition spécialisée dans ce type de documentaire, avec actualisation immédiate. Si ceci vaut pour tous les sujets, cela paraît d’autant plus indispensable pour les nouvelles technologies, l’internet et le web. La place des livres traitant du web n’est-elle pas sur le web? L’auteur pourrait choisir de mettre son livre en consultation payante ou gratuite. La question du droit d’auteur serait également entièrement à revoir. Copyright ou copyleft? Paiement à la source ou paiement à la consultation? Et comment l’éditeur serait-il rémunéré?
A l’heure de l’internet, pour les documentaires comme pour la fiction, il s'avère peut-être nécessaire de créer de toutes pièces une structure éditoriale entièrement numérique se démarquant des schémas traditionnels. De nombreux auteurs seraient certainement heureux d’expérimenter un nouveau système, au lieu de se plier à un système traditionnel très contraignant, qui n’est peut-être plus de mise maintenant qu’on dispose d’un moyen de diffusion à moindres frais échappant aux frontières. Ces nouveaux éditeurs seraient différents des éditeurs en ligne, électroniques ou numériques apparus ces dernières années, qui sont souvent issus de l’édition traditionnelle et la copient encore. Il s’agirait d’éditeurs qui repenseraient la chaîne éditoriale de fond en comble tout en faisant un véritable travail d’éditeur (découverte, sélection, diffusion et promotion).
Ces nouveaux éditeurs pourraient adopter des méthodes originales spécifiques au réseau: envoi des manuscrits sous forme électronique, délais de réponse courts, critères de sélection transmis par courrier électronique, publication rapide, droits d’auteur plus élevés avec montant disponible en ligne, vente simultanée de la version imprimée (impression à la demande) et de la version numérique en plusieurs formats, véritable diffusion et véritable promotion de l’oeuvre selon une méthode qui reste à mettre au point et ne se limiterait pas à un descriptif avec un extrait en téléchargement libre, versions revues et corrigées facilement envisageables sinon encouragées dans le domaine des sciences et techniques, etc.
Tous arguments bien théoriques peut-être, mais il existe certainement de nouvelles pistes à explorer.
Journaliste et infographiste, Marc Autret a derrière lui dix ans de journalisme multi-tâches et d’hyper-formation dans le domaine de l’édition, du multimédia et du droit d’auteur. «C’est un "socle" irremplaçable pour mes activités d’aujourd’hui, qui en sont le prolongement technique, explique-t-il en décembre 2006. Je suis un "artisan" de l’information et je travaille essentiellement avec des éditeurs. Ils sont tellement en retard, tellement étrangers à la révolution numérique, que j’ai du pain sur la planche pour pas mal d’années. Aujourd’hui je me concentre sur le conseil, l’infographie, la typographie, le pré-presse et le webdesign, mais je sens que la part du logiciel va grandir. Des secteurs comme l’animation 3D, l’automatisation des tâches de production, l’intégration multi-supports, la base de données et toutes les technologies issues de XML vont s’ouvrir naturellement. Les éditeurs ont besoin de ces outils, soit pour mieux produire, soit pour mieux communiquer. C’est là que je vois l’évolution, ou plutôt l’intensification, de mon travail.»
12.6. Numérique versus imprimé
Les documents imprimés récents sont issus d’une version électronique sur traitement de texte, tableur ou base de données. Il est fréquent qu’un même document soit disponible en deux versions, numérique et imprimée. Pour des raisons budgétaires, de plus en plus de publications n’existent qu’en version électronique. Outre sa facilité d’accès et son faible coût, le document électronique peut être régulièrement actualisé. Point n’est besoin d’attendre une nouvelle édition imprimée soumise aux contraintes commerciales ou aux exigences de l’éditeur, notamment pour les ouvrages et périodiques scientifiques et techniques, dans lesquels l’information récente est primordiale.