Sauf indication contraire, les citations présentes dans ce livre sont des extraits des Entretiens du NEF <http://www.etudes- francaises.net/entretiens/>. Merci à toutes les personnes ayant accepté de répondre à des questions sur le multilinguisme, parfois pendant plusieurs années. Ce livre est disponible aussi en anglais, avec un texte différent. Les deux versions sont disponibles en ligne <http://www.etudes-francaises.net/entretiens/multi.htm>.
Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intéresse aux technologies dans le monde du livre, des autres médias et des langues. Ses livres et dossiers sont publiés par le NEF (Net des études françaises), Université de Toronto, et sont librement disponibles sur le site du NEF <http://www.etudes-francaises.net>.
DES "COMMUNAUTES DE LANGUES" EN LIGNE
= [Citation]
Consultant en marketing internet de produits et services de traduction, Randy Hobler écrit en septembre 1998: "Comme l’internet n’a pas de frontières nationales, les internautes s’organisent selon d’autres critères propres au médium. En termes de multilinguisme, vous avez des communautés virtuelles, par exemple ce que j’appelle les 'nations des langues', tous ces internautes qu’on peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur lieu géographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement les internautes d’Espagne et d’Amérique latine, mais aussi tous les hispanophones vivant aux Etats- Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc."
= [Texte]
Si Randy donne l'exemple d'une communauté internet hispanophone répartie sur trois continents, la même remarque vaut pour la francophonie, une communauté de langue française présente sur cinq continents. La même remarque concerne tout autant le créole, parlé non seulement dans les Caraïbes mais aussi à Paris, Montréal et New York.
À ses débuts, l'internet est anglophone à pratiquement 100%, ce qui s'explique par le fait qu'il débute aux États-Unis en tant que réseau mis en place dès 1969 par le Pentagone avant de se développer dans les agences gouvernementales et les universités suite à la création du protocole TCP/IP (transmission control protocol/internet protocol) en 1974 par Vinton Cerf et Bob Kahn. Après la création du World Wide Web en 1989-90 par Tim Berners-Lee au Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN) à Genève (Suisse) et le lancement en novembre 1993 du premier navigateur Mosaic, ancêtre de Netscape, l'internet se développe rapidement, d'abord aux États-Unis grâce aux investissements considérables du gouvernement, puis au Canada, puis dans le monde entier.
Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, l’internet est encore anglophone à plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s’explique par trois facteurs: (a) l’usage de l'anglais en tant que principale langue d’échange internationale; (b) la création d’un grand nombre de sites web émanant des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni; (c) une proportion d'usagers particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde, les ordinateurs étant bien meilleur marché qu'ailleurs, tout comme la connexion à l'internet sous forme de forfait mensuel à prix modique.
Dans plusieurs pays d'Europe, par exemple, cette connexion est d'abord tarifée à la durée, avec un tarif de jour et un tarif de nuit moins élevé. Les usagers passent donc beaucoup moins de temps sur l'internet qu'ils ne le souhaiteraient, et choisissent souvent de surfer la nuit pour éviter les factures trop élevées. Fin 1998 et début 1999, des mouvements de grève sont lancés en France, en Italie et en Allemagne pour faire pression sur les sociétés prestataires afin qu'elles baissent leurs prix et qu'elles proposent des forfaits internet, avec gain de cause dans les mois qui suivent.