En 1997, Babel, initative conjointe d'Alis Technologies et de l'Internet Society, mène la première étude sur la répartition des langues sur l'internet. Datée de juin 1997, le "Palmarès des langues de la toile" donne les pourcentages de 82,3% pour l'anglais, 4% pour l'allemand, 1,6% pour le japonais, 1,5% pour le français, 1,1% pour l'espagnol, 1,1% pour le suédois et 1% pour l'italien.
Dans un article publié le 21 juillet 1998 par ZDNN (ZDNetwork News), Martha Stone, journaliste, précise: "Cette année, le nombre de nouveaux sites non anglophones va probablement dépasser celui de nouveaux sites anglophones, et le monde cyber est en train de véritablement devenir une toile à l'échelle mondiale. (…) Selon Global Reach [société promouvant la localisation des sites web], les groupes linguistiques se développant le plus vite sont les groupes non anglophones: on note une progression de 22,4% pour les sites web espagnols, 12,3% pour les sites japonais, 14% pour les sites allemands et 10% pour les sites francophones. On estime à 55,7 millions le nombre de personnes non anglophones ayant accès au web. (…) Alors que 6% seulement de la population mondiale est de langue maternelle anglaise (et 16% de langue maternelle espagnole), 80% des pages web sont en anglais." Toujours selon Global Reach, 15% seulement des 500 millions d'habitants que compte l'Europe sont de langue maternelle anglaise, 28% maîtrisent bien l'anglais, et 32% consultent le web anglophone.
Brian King, directeur du WorldWide Language Institute (WWLI), développe le principe de "démocratie linguistique" dans un entretien daté de septembre 1998: "Dans un rapport de l'UNESCO du début des années 1950, l'enseignement dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme un droit fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent à l'Âge de l'Information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès sans problème de langue. Considérer l'internet comme la chasse gardée de ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne connaissent pas cette langue."
Jean-Pierre Cloutier est l'auteur des Chroniques de Cybérie, une lettre d'information électronique sur l'actualité de l'internet. Il écrit en août 1999: "Cet été, le cap a été franchi. Plus de 50% des utilisateurs et utilisatrices du réseau sont hors des États-Unis. L'an prochain, plus de 50% des utilisateurs seront non anglophones. Il y a seulement cinq ans, c'était 5%. Formidable, non?"
Les usagers non anglophones atteignent en effet la barre des 50% au cours de l'été 2000. Selon Global Reach, ce pourcentage est de 52,5% en été 2001, 57% en décembre 2001, 59,8% en avril 2002, 64,4% en septembre 2003 (dont 34,9% d’Européens non anglophones et 29,4% d’Asiatiques) et 64,2% en mars 2004 (dont 37,9% d’Européens non anglophones et 33% d’Asiatiques).
Nombre de communautés pratiquent le bilinguisme au quotidien, par exemple à Genève pour le français et l’allemand, Toronto pour l'anglais et le français, ou San Francisco pour l’anglais et l’espagnol, pour ne citer que trois exemples. Le cas extrême étant la Communauté européenne avec ses 11 langues officielles en 2003, puis ses 24 langues officielles en 2007 après son élargissement progressif vers l'Europe de l'Est.
VERS UN WEB MULTILINGUE
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Professeure d’espagnol en entreprise et traductrice, Maria Victoria Marinetti écrit en août 1999: "Il est très important de pouvoir communiquer en différentes langues. Je dirais même que c’est obligatoire, car l’information donnée sur l'internet est à destination du monde entier, alors pourquoi ne l’aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans la langue que nous souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les langues, ce serait contradictoire, pas vrai?"
= [Texte]