IV.

Charette vint se réfugier deux fois à Montaigu. Sa première fuite fut causée par une terreur panique, parce que les républicains, sortis des Sables, s'étaient avancés jusqu'à Palluau, et que l'armée de Beysser occupait en même temps Machecoul. M. de Royrand le reçut très-mal, et lui observa assez rudement que du moins il fallait voir l'ennemi avant de décamper.

Le courroux de M. de Royrand tenait aussi à des causes personnelles; le poste de Légé évacué, il se trouvait à découvert de sa droite, et il pouvait être pris entre deux feux.

D'un autre côté, et c'était là le principal motif, l'armée de Charette, si elle fût demeurée sur son territoire (celui de l'armée Royrand), pouvait l'affamer dans quelques jours. Ce dernier chef, homme délicat et probe, était très-avare de réquisitions et nourrissait son armée au moyen des excursions qu'il faisait sur le pays ennemi, ou avec des grains qu'on payait en partie avec la caisse prise sur le district de Montaigu. L'armée Charette eût donc dérangé le système d'ordre et d'économie, et elle eût même pu amener la disette dans les communes ou elle se serait répandue. D'ailleurs, stationnée à Montaigu, quel service pouvait-elle rendre au parti? Et elle laissait à la merci des républicains les bandes de Savin et de Jolly, qui pouvaient être facilement coupées.

Le poste de Saint-Colombin était gardé par quatre cents hommes environ, tirés d'anciens régimens de ligne; celui de Rohan en avait fourni la meilleure partie. Ce poste fut surpris et fit peu de résistance. La moitié fut faite prisonnière.

Charette soutint vers ce temps-là un autre combat contre une colonne sortie de Machecoul, forte de cinq à six cents hommes, et qui vint l'attaquer à Légé; il la battit complètement et prit les deux pièces de canon qu'elle avait amenées avec elle. Ce détachement était en partie composé de Nantais.

V.

L'attaque de Nantes ne fut faite activement que par la grande armée. Celle de Charette n'y pouvait faire qu'une parade inutile. Comment en effet aurait-elle tenté avec succès de pénétrer à travers une demi-lieue d'une espèce de défilé, d'une gorge étroite, formée par les ponts de la Loire et de la Sèvre, sans pontons et sans bateaux? Aussi ne s'avança-t-elle que jusqu'au pont Rousseau, et elle dressa en cet endroit des batteries avec lesquelles on tira sur la ville à boulets rouges; une batterie voisine des républicains ripostait et tua une cinquantaine d'hommes. Les patriotes ne pouvaient, rien craindre de ce côté; ils le défendirent avec un faible poste et quelques canonniers.

Les paysans accourus à ce siège s'élevaient, à ce que l'on prétend, au moins à vingt mille. On remarquait dans cette armée des vieillards et des femmes qui s'étaient pourvus de sacs, afin de profiler plus amplement du butin qu'aurait procuré une ville aussi opulente; on annonçait hautement l'intention de la piller; et si toute cette populace eût réussi à s'y introduire, il eût été malaisé d'empêcher ce brigandage. De pareilles dispositions, connues des assiégés, étaient bien propres à enflammer leur courage et à augmenter la résistance.

On a dit dans le temps que si l'armée d'Anjou eût forcé la ville, le dessein des chefs qui la commandaient était de garder aussitôt les ponts, afin de s'opposer à l'entrée de l'armée Charette dont les principaux officiers seuls eussent été exceptés de cette défense.