On a aussi reproché aux prêtres d'exciter les Vendéens à la cruauté; rien n'est plus faux; au contraire, il serait possible de citer beaucoup de traits d'une humanité courageuse, dont se sont honorés des ecclésiastiques; une foule de personnes ont dû la vie aux instances qu'ils ont faites à des soldats furieux et animés au carnage. Les prêtres les plus ardens à exciter les paysans au combat, étaient souvent les plus ardens aussi à les empêcher de répandre le sang des vaincus. M. Doussin, curé de Sainte-Marie-de-Ré, un des plus zélés ecclésiastiques de l'armée, sauva une fois la vie à un grand nombre de prisonniers, et arrêta le massacre par de vives et éloquentes représentations qu'il adressa aux Vendéens. Quelques années après, ayant été traduit à un tribunal républicain, il fut acquitté en souvenir de cette action. Un vénérable missionnaire de la communauté du Saint-Esprit, M. Supiaud, se plaça un jour à Saint-Laurent-sur-Sèvre, devant la porte d'un dépôt de prisonniers, et déclara qu'il faudrait passer sur son corps pour arriver jusqu'à eux. Il faut absolument ranger parmi les calomnies des gens irréligieux et prévenus, ce qui a été débité sur le fanatisme sanguinaire des prêtres vendéens.

Quant aux enfans, il y en avait qui suivaient l'armée; on a vu un petit garçon de sept ans aller courageusement au feu.

Cependant l'armée qui avait débouché par la route de Saumur, et qui avait repoussé Stofflet devant Doué, poursuivait son mouvement; elle était nombreuse et commandée par le général Santerre; elle arriva sur Coron. Les principaux généraux de la grande armée étaient occupés à défendre le territoire sur d'autres points. MM. de Bonchamps, de La Rochejaquelein et Stofflet étaient blessés; on manquait de chefs et de soldats pour arrêter la marche de Santerre. MM. de Talmont et de Pérault, fort imprudemment, voulurent les attaquer, le 14 septembre, avec peu de forces. M. de Scépeaux et quelques jeunes officiers s'étaient défiés à qui approcherait le plus près des bleus: ils s'avancèrent trop, et furent obligés de revenir au grand galop: ce mouvement troubla les paysans. Ce combat n'eut aucun succès et fut peu important; cependant il retarda la marche de Santerre.

Heureusement M. de Piron parvint à rassembler du monde du côté de Chollet. M. de La Rochejaquelein, qui était à Saint-Aubin, souffrant de sa blessure, s'employa avec M. l'abbé Jagault à réunir des paysans dans les paroisses environnantes; il les envoya à M. de Piron, sous le commandement de M. de Laugrenière: c'était à peu près le seul officier connu qui restât dans ce canton; tous les autres étaient avec les généraux vers Mortagne, où, comme on le verra par la suite, le danger était plus grand encore, ce qui y avait attiré aussi MM. de Talmont et de Pérault.

M. de Piron, à la tête de dix ou douze mille hommes, revint s'opposer à Santerre. Les bleus, qui s'étaient arrêtés, marchaient alors de Coron sur Vezins; et leur armée, forte de quarante mille hommes, la plupart de la levée en masse, occupait une ligne de quatre lieues sur la grande route. M. de Piron saisit le vice de cette disposition; il attaqua avec vigueur le centre des républicains. Après une heure et demie de combat, leur ligne fut coupée, et le désordre fut jeté parmi eux: leur artillerie défilait en ce moment dans la rue longue et étroite du bourg de Coron. M. de Piron, sans perdre de temps, se porta en forces en ayant et en arrière du village; les canons de l'ennemi lui devinrent inutiles, et bientôt la déroute fut complète. Il fut poursuivi pendant quatre lieues; il perdit dix-huit canons avec leurs caissons. Cette victoire fit un honneur infini à. M. de Piron qui avait montré tant d'habileté et de courage, et qui n'avait pu être secondé par aucun officier marquant. Les soldats, au milieu de la bataille, criaient: vive Piron! vive Piron!

Il envoya, aussitôt après, une partie de son infanterie et toute sa cavalerie à M. le chevalier Duhoux, qui, avec MM. Cadi et des Sorinières, tâchait de se défendre contre l'armée républicaine qui était arrivée par Angers et le Pont-de-Cé: un général Duhoux, oncle du chevalier, la commandait. Les Vendéens, encouragés par le succès de M. de Piron et par le renfort qu'il avait envoyé, reprirent l'offensive et repoussèrent vivement l'avant-garde républicaine, qui se replia derrière la rivière du Layon, par le pont Barré: ce pont était bien défendu par de l'artillerie, et les Vendéens se trouvèrent arrêtés. A un quart de lieue plus loin, était un autre pont qui avait été coupé; une colonne de paysans sans officiers se dirigea sur ce point. Jean Bernier, garçon meunier de la paroisse de Saint-Lambert, quitte son rang, se jette à la nage, traverse la rivière; quelques—uns l'imitent: on répare le pont; la colonne passe; Bernier prend un drapeau, s'écrie: «Mes amis, suivez-moi;» et il arrive bientôt sur les derrières de l'armée républicaine qui était toute accumulée dans un terrain resserré: les bleus sont troublés par cette charge imprévue; alors MM. le chevalier Duhoux, Cadi et des Sorinières, parviennent à forcer le pont Barré. La déroute de l'ennemi fut en un instant complète; il perdit toute son artillerie, et fut poursuivi jusqu'aux Ponts-de-Cé. Les républicains ont beaucoup reproché à leur général Duhoux d'avoir eu des intelligences avec son neveu qui commandait les Vendéens à cette affaire de Beaulieu: il n'en était rien; le chevalier Duhoux était un jeune homme de vingt ans, fort brave et fort étourdi; il n'était point d'un caractère à user de tels moyens; d'ailleurs, ce genre de trahison est sans exemple dans notre guerre civile.

Ainsi les attaques furent repoussées sur les routes de Thouars, de Saumur et d'Angers, et les levées en masse furent dissoutes et dispersées de ces trois côtés; mais en même temps la basse Vendée était toute envahie.

Malheureusement la garnison de Mayence, qui avait débouché de Nantes, n'avait pu être arrêtée par M. de Charette. L'oubli où les puissances coalisées nous avaient laissés, ne songeant pas même à stipuler dans les capitulations que les garnisons ne pourraient marcher contre nous, fut une circonstance cruelle pour les Vendéens, et leur montra bien qu'en effet la coalition ne servait pas la même cause.

Les Mayençais [13], au nombre de quatorze mille hommes, les troupes que le général Beysser avait à Nantes, une division qui était aux Sables, attaquèrent à la fois les insurgés du Bas-Poitou par trois routes. Les petits corps de Jolly, de Savin, de Coëtus, de Chouppes, furent obligés de se replier sur Légé où était M. de Charette. Comme les massacres avaient commencé, les vieillards, les femmes, les enfans suivaient les soldats dans leur retraite; la marche était embarrassée de voitures, de bestiaux; le désordre était extrême, et la terreur s'accroissait à chaque moment. M. de Charette abandonna Légé pour se retirer à Montaigu; il y fut attaqué et battu: il se réfugia à Clisson; il ne put pas y tenir non plus; enfin il arriva à Tiffauges, après avoir perdu le terrain où jusqu'alors il avait fait la guerre; il emmenait avec lui une foule immense qui fuyait le fer et le feu des républicains.

[Note 13: C'est le nom qu'on a donné à la célèbre garnison de
Mayence.]