31.—Dimanche 4 décembre.
Mme Marguerite est partie ce matin pour Paris, par l'express de neuf heures. Autant que j'ai pu comprendre, elle va là-bas offrir, chez elle, un grand dìner mondain, ce soir même, et elle doit se remettre en route dès demain matin. Une femme de confiance, dont elle dispose à Paris, a dû tout préparer.
Malgré mes instances et celles de Mme Marguerite, le général n'a pas voulu la laisser partir sans l'accompagner. Il a commis l'imprudence bien inutile de monter en voiture auprès d'elle, pour ne la quitter qu'à la gare.
Il est revenu au bout d'une heure et, lorsqu'il est descendu de voiture, j'ai failli pousser un cri.
Son visage était presque méconnaissable, tellement la douleur l'avait creusé. Ses yeux étaient rouges.
Il avait dû pleurer. J'avoue que je ne comprenais pas: qu'avait-il pu se passer entre eux pour qu'il revienne désolé à ce point?
Il semble qu'il n'y a eu rien de particulier, et qu'il souffrait simplement de s'être séparé d'elle. Le malheureux! Mais, alors, que deviendrait-il si jamais une catastrophe le séparait d'elle pour de bon, si elle lui devenait infidèle ou si la mort la foudroyait?...
Il était là, affaissé dans un fauteuil, l'œil creusé, le regard sans vie. Je lui ai annoncé que le déjeuner était prêt. Il ne m'entend pas! Il est comme en état de léthargie. Je répète, il n'entend pas davantage. Je prends alors le parti de crier avec toute la force de mes poumons:
«Mon général, le déjeuner vous attend!... Mon Dieu, est-il possible que vous vous laissiez tellement abattre? Elle est partie? Mais elle ne va pas tarder à revenir! Demain, à pareille heure, elle sera déjà à mi-chemin... Voyons, mon général...»
Ces paroles ont fini par avoir action sur lui. Il s'est levé, en me remerciant du regard, et en répondant simplement: