—C’est l’oncle Nathan!

Et, déjà, elles étaient dans le corridor quand, se rappelant tout à coup ce que le deuil de la maison leur commandait, elles s’arrêtèrent sur le seuil. Au fond du long corridor, le clair-obscur montrait l’arrivant, un grand homme puissant qu’entourait l’ombre et le halo de la pauvre lumière rougeâtre oscillant aux mains du bonhomme. Alors, vite, Fanny rentra dans la cuisine pour allumer une seconde chandelle.

Quand ils furent tous dans la petite salle à manger, assis sur les chaises alignées contre le mur de chaque côté de la table ronde, avec un petit rond de sparterie sous les pieds, ils se regardèrent un moment. Rien d’autre n’avait été échangé entre eux que le dur baiser d’arrivée, singulière salutation d’autrefois donnée et reçue sans plaisir et sans intérêt. Et maintenant, ils ne trouvaient pas les paroles qu’il fallait pour commencer.

La haute taille de l’oncle Nathan faisait un rectangle sombre sur le mur ramagé de clair et sa surprenante figure de demi-paysan de la cité du val, comme ciselée dans du granit rouge avec force et finesse à la fois, s’achevait dans une charmante chevelure inattendue toute en petites boucles d’argent.

Enfin, il soupira et dit:

—Et, comme ça, la v’là partie, ma pauv’sœur. Et vous v’là toutes seules, alors.

Sa grande bouche régulière et rasée souriait presque, mais sa voix était plus grave que ses médiocres condoléances. Il avait l’air à la fois de les plaindre et de se moquer un peu. Les demoiselles Bernage, qui connaissaient le vieil oncle Le Brument, n’y firent pas attention. Et Berthe, pénétrée de cette importance subite que la mort fait rejaillir autour d’elle, répondit:

—Oui, elle a passé dans la soirée, vers les huit heures et demie.

Après cela, elle dit—un peu plus comme une fille qui vient de perdre sa mère:

—Not’ pauv’ mère! Elle se repose à présent. Mais nous...