Elle se baissa pour tenir les yeux de Fanny dans les siens et pénétrer ainsi avec effraction dans sa volonté.
—Ce garçon-là, reprit-elle, est venu pour se cramponner à nous. Et comme nous dépassons ses espérances—même alors, elle ne pouvait se résoudre à dire «tu»—il ne nous lâchera pas. Mais il est soldat et les soldats ne font pas ce qu’ils veulent. Il a dit qu’il était en permission de quinze jours. Alors, pour bien lui montrer que nous ne voulons plus le voir, nous allons partir.
Elle regarda triomphalement Fanny stupéfaite.
—Partir, partir, bégaya-t-elle.
Berthe, un grand air de jouissance sur sa grosse figure, la laissa un instant ainsi, comme pour exprimer ce que la situation lui donnait de supériorité. Puis, elle se décida:
—Partir, il n’y a que ça. Nous en aller. Disparaître.
Elle accumulait les synonymes avec une complaisance visible, comme s’ils augmentaient le mérite de sa trouvaille.
—Oui, c’est le seul moyen. Qu’est-ce que tu veux qu’il dise devant une porte fermée? Car il veut nous faire marcher, va, ce gars-là, nous faire marcher, en argent et en tout.
L’appréhension et la colère lui coupèrent le souffle. Elle s’arrêta. Fanny regardait le rai de soleil qui passait à travers les persiennes rapprochées et qui amenait le souvenir de juillet dans la chambre fraîche.
Berthe reprit: