Fanny fit non de la tête car, déjà, elle n’était pas maîtresse de sa voix.

Berthe retourna la lettre. Le papier jauni se montra vide d’écriture. Elle reprit l’enveloppe et poussa une exclamation étouffée.

—Il y en a une autre, c’est ça!

Elle dépliait un mince papier quadrillé qui criait sous ses doigts animés d’une sorte de hâte voluptueuse. Mais elle le déplia, le lisant avant de commencer, comme pour faire durer ce plaisir aigu. Et elle dit encore:

—Ah! enfin, voilà! Nous allons savoir. Ça vient aussi de Tours et cette fois, c’est daté.

Tours, le 30 mai 1883.

Fanny fit un mouvement, mais Berthe ne voyait rien, rien que la lettre qui enfin allait assouvir cette folie de curiosité qui la tenaillait.

—Ça commence aussi: «Madame», dit Berthe. Et elle lut:

«Je mets la main à la plume afin de soulager la peine que j’ai qui est grande. Je vous ai fait bien du tort et j’en ai du regret, me voyant sur un lit de maladie. On pense à tout quand on se voit dans une position pareille que j’ai été et on reconnaît ses torts. Ça fait que je me suis dit que j’allais vous dire tout ce que j’ai sur le cœur, en vous priant de me pardonner, vu que je veux faire réparation.

«Madame, tout ça est venu un peu de votre faute. Pourquoi que vous êtes partie quand le régiment a passé par Beuzeboc? On laisse-t-il une demoiselle toute seule comme ça parmi des soldats? (surtout si jeune!) Toujours est-il que le malheur est plus vite arrivé qu’on ne croit et que vous êtes donc un peu fautive, comme je le dis plus haut. Mais, pour moi, je n’ai pas oublié, comme j’aurais pu et comme d’autres auraient fait. Et donc je peux le dire, que j’ai traîné le souvenir partout avec moi depuis ce jour. Alors, voilà ce que je viens vous dire. D’abord que j’ai bien du regret de ce que j’ai fait, car, vraiment, c’était une enfant plutôt qu’une femme et j’aurais pas dû. Mais, enfin, c’est pas tout ce qu’on dira qui changera rien; alors, passons à la suite.