Et, se ravisant tout à coup, il termina:
—Vous avez pas qu’à mettre: Félix, dit Malandain, «ils» me trouveront bien.
Il toucha du doigt son képi qui n’avait pas quitté sa tête, et passa la porte.
Arrivé au bas des marches, il se retourna et, voyant qu’elles n’avaient pas bougé et le regardaient toujours, il leur jeta:
—Un bon domestique qu’il vous faut ici.
Et il s’en alla pour de bon.
C’est alors qu’elles virent qu’il n’y avait qu’à céder, et qu’elles décidèrent de s’installer à la Hêtraye, temporairement tout au moins. Il y a des forces qu’on ne discute pas. En Félix, les sœurs en reconnaissaient une avec laquelle il fallait compter.
Ce fut Berthe qui l’exprima la première. A l’indicible étonnement de Fanny, elle ne fit ni lamentations, ni reproches. Elle paraissait céder à la nécessité, mais en bonne joueuse. L’aînée songea: «Elle a toujours aimé la campagne.» Et elle accumula toutes les objections comme si, puisqu’elles devaient être invoquées et que Berthe ne s’en chargeait pas, la tâche lui en revint. L’étonnement de leurs amis et du monde devant cette décision soudaine; l’opposition certaine de l’oncle Nathan; les difficultés matérielles de ce changement d’existence: leur confort, leur commodité abandonnés avec la maison de la vallée... Mais Berthe allait au-devant de tout et, une fois de plus, Fanny accepta le joug commode qui descendait sur elle, et auquel elle n’aurait plus qu’à obéir.
Quand elles rentrèrent, deux jours plus tard, Beuzeboc cuisait au fond de sa cuvette, sous le soleil d’août. Leur absence n’avait duré que dix jours. Elles se virent complimentées sur leur courage:
«Rentrer ici quand vous étiez si bien à respirer là-haut!»