Il y eut un grand silence entre eux. Et Fanny prononça enfin:
—Comment est-ce qu’il a dit tout ça à un vieux bonhomme comme toi, qu’il ne connaît seulement pas?
Le vieux dit simplement:
—Il m’a écouté parce que je parlais pour toi.
Elle cria encore, presque violemment:
—Mais il viendra!
Le vieux n’entendit pas, cette fois. Pourtant, il fit «non» en branlant doucement la tête.
Les larmes arrivaient. Elle sentait bien que c’était la voix de la raison et de l’honneur, du vieil honneur de son père, qui venait de parler. En répondant à cette voix qui chuchotait depuis si longtemps en elle: «Comment Silas t’aime-t-il et pourquoi?» qui, lorsqu’elle se voyait mariée, lui soufflait: «Un homme n’oublie jamais une faute comme la tienne»; et, quand elle songeait à la fuite romanesque, à la vie cachée sous un faux nom, criait: «Tu ne peux pas faire ça: une Bernage huguenote ne fait pas ça!»
Mais elle n’était pas encore tout à fait vaincue. Et elle dit:
—Tout ce malheur, tout ce tourment que j’ai souffert, alors, je ne pourrais jamais l’oublier?