—Viens, on pourrait nous voir de la rue.
Elles gagnèrent un banc au bout du potager, sous un noisetier, qui prenait ses premières feuilles pareilles à des papillons d’or vert. La colline, au flanc de laquelle était coupé l’emplacement de la propriété, portait en contre-bas une ligne de maisons ouvrières dont les toits d’ardoise effleuraient le mur du jardin. Et l’étrange petite cité suspendue descendait ainsi la côte en escalier jusqu’au fond, où se cachait, honteuse, la rivière, sous les murs et les ponts. C’était une retraite haut placée et pourtant bien isolée, que les sœurs affectionnaient parce qu’elle leur permettait de voir les passants de la route sans en être aperçues.
Berthe reprit la première:
—Pourquoi que tu veux aller à Bures?
Alors, Fanny laissa couler son cœur.
—Parce que, depuis que j’ai revu tout ça, je ne peux plus vivre comme avant. Parce que je ne sais même pas ce que maman a fait pour lui. Il a-t-il tout ce qu’il lui faut? Est-il vivant seulement? Je ne sais rien, rien!
Berthe écoutait déferler ce grand flot d’amour maternel qui, tout à coup, montait vers elle d’un élan si éperdu. Sans marquer d’émotion, elle dit posément:
—C’est-il pas plutôt à cause de ce que tu as appris dans la lettre?
La pâle figure enivrée eut une brusque onde de sang. Elle joignit les mains.
—Oh! ça, dit-elle, oh! ça!