Elle ne trouvait rien pour exprimer tout ce qui s’agitait en elle. Et Berthe insista:

—Oui, je vois bien que c’est ça qui a tout fait revenir. Voyons, tu ne m’avais jamais même dit un mot à moi, avant.

Elle ne s’aperçut pas de l’étrangeté de ses propres paroles. Elle oubliait son premier geste, elle ne se souvenait plus d’avoir arraché bribe à bribe ce secret du cœur où il dormait.

Mais les mots vinrent enfin au secours de l’aînée.

—Non, dit-elle doucement, pour ce qui est de la lettre, il est trop tard. Un homme n’attend pas onze ans. C’est fini ça. Mais, pourtant, je suis bien contente qu’il ait écrit, bien contente.

Et ces petites paroles banales furent la seule oraison funèbre du rêve de toute sa vie de femme. Ce rêve dont la réalisation lui avait été offerte dérisoirement quand elle ne pouvait plus le saisir.

Elle sourit un peu à cette pensée trop belle, et elle reprit:

—Non, ce n’est pas ça, mais c’est que tout est repassé devant moi justement à présent. C’est comme—elle hésita—comme un jugement du Ciel. Peut-être qu’il faut que je m’en occupe. Ce pauvre enfant tout seul si longtemps! Et puis, si maman faisait quelque chose, c’est à nous de le continuer. Et alors, il faut savoir ce que c’est.

Elle s’agitait, étreignait ses mains et jetait ses pauvres arguments gauches comme si elle avait eu besoin de se convaincre qu’elle était vraiment libre et maîtresse d’agir à sa guise.

Berthe écoutait, les yeux détournés, calme en apparence. Elle dit: