Piquée, cette fois, Berthe l’interrompit:

—Je ne peux pas me mettre à ta place, mais je peux tout de même te comprendre, peut-être!

Elle s’arrêta un instant pour rassembler, sans doute, ses arguments épars, et reprit:

—Tu te fais du tourment pour rien. Maman était une femme de tête, tu le sais bien. Si elle ne t’en a jamais reparlé, et pas même avant de mourir, c’est qu’elle avait arrangé les choses une fois pour toutes.

Elle débita cela d’une haleine et s’arrêta pour en regarder l’effet.

L’obstination que Fanny montrait pour la première fois ne parut pas entamée. Elle leva doucement les épaules et ce petit geste familier marqua la fatalité plus fortement que des paroles qui n’auraient pu être que des redites, après l’essentiel exprimé.

Le lendemain, elles montèrent dans la chambre de la morte pour examiner ses papiers. Berthe, préoccupée de la loi, comme tout Normand, avait parlé du notaire et de la convocation qu’elles n’allaient pas manquer de recevoir.

—Si on dérangeait quelque chose qu’il ne faut pas?

Fanny s’était serré les mains avec angoisse. Son habitude d’enfant craintive toujours soumise à sa mère ne pouvait la quitter d’un coup. Pourtant, le nouveau sens mystérieux qui menait sa vie depuis quelques jours prit le dessus, car elle dit doucement:

—Qu’est-ce que tu veux qu’on dérange? S’il y a des choses pour le notaire, on le verra bien.