—Ça se peut. Et on a trouvé une famille qui a bien voulu le prendre. Pour une somme, une somme pareille! conclut-elle avec une rancune ravivée.

Fanny prit courage.

—Tu vois bien qu’il faut que j’aille voir ce que tout ça est devenu.

Elle se représentait celui qui n’était déjà plus pour elle l’enfant anonyme, devenu un gars de onze ans, vêtu comme les petits paysans de village, mal chaussés et sales. Et elle souffrait aussi de cela.

Berthe parut en comprendre quelque chose, car elle dit, de ce ton de colère froide qui était le sien:

—C’est malheureux, tout de même, d’avoir des choses pareilles dans une famille!

Un silence s’épaississait autour de la phrase cruelle. Mais Fanny, blessée, dit encore, comme en s’excusant:

—Il faut que j’y aille. C’est plus fort que moi.

Berthe affectait de ranger les papiers avec calme. Et elle dit, comme quelqu’un qui veut convaincre un enfant en le raisonnant:

—Et qu’est-ce que ça te donnera, quand tu l’auras vu?