Quand elle releva la tête, elle vit, à son indicible étonnement, les deux demoiselles déjà au milieu de la route, qui lui faisaient de grands coups de tête accompagnés d’abondants remerciements.
Quand les sœurs eurent atteint la rivière sous le chemin ombreux, Berthe dit:
—J’ai eu peur. Quelle curieuse que cette femme-là, crois-tu!
Fanny secoua les épaules de ce geste las qu’elle avait souvent. Et elle dit seulement:
—On va y aller.
Berthe s’arrêta. Devant elles, le chemin remontait jusqu’à la voie ferrée, assez raide entre ses hauts talus herbeux, et, bien après les bâtiments de la station, on le voyait filer, blanc entre les deux rubans verts, à perte de vue sur une colline ronde qui fermait l’horizon. Il faisait chaud; les étoffes noires et le crêpe emmagasinaient le soleil. Berthe ruisselait. Elle dit violemment:
—Tu vas pas encore nous faire tourner en bourrique, non?
Fanny ne répondit pas et continua à marcher; et Berthe dut presser le pas pour la rattraper.
—Mais quoi! cria-t-elle, qu’est-ce que tu veux? Nous voilà à la gare, retournons chez nous.
Fanny tourna à demi la tête et, avec une patience inébranlable, elle répéta: