Enfin, ils arrivèrent à la barrière. Le fermier la poussa et ils se trouvèrent dans ce grand reposoir fleuri qu’est une ferme normande en mai. L’herbe haute touchait parfois les basses branches et il régnait un demi-jour religieux entre ce vert et ce blanc. Ils s’engagèrent dans un sentier silencieux qui courait parmi les arbres et, de loin, ils aperçurent la maison rayée noire et blanche et toute bordée de ravenelles couleur de feu.

Un chien tira follement sur sa chaîne en aboyant et une femme parut au seuil.

Fanny s’arrêta. Elle ne pouvait plus avancer vers son fils inconnu.

Le fermier cria:

—Est des dames, des baigneuses de Dieppe qui veulent des œufs, car pour du beurre...

La fermière, coiffée de mèches blondes, se flanquait de deux petits enfants aux cheveux décolorés. Sa jeunesse déconcerta Fanny. Elle montra un sourire édenté pour dire:

—Est sûr!

Ils restèrent à se considérer tous les six, étrangement, comme lorsqu’il y a une signification cachée sous les regards. Enfin, Berthe se mit à parler avec volubilité puisqu’il fallait rompre ce silence dangereux.

La jeune femme lui répondit. Comment bouder à une causette avec des «étrangers» quand, depuis des jours, parfois, on n’avait vu que les bêtes de la ferme?

Et Fanny, à l’abri de cette conversation, regardait de toute son âme autour d’elle, sans apercevoir la petite silhouette qu’elle cherchait.