A grand renfort de politesse hospitalière, on fit entrer les dames pour leur offrir «une» bol de lait. Mais, dans la maison, il n’y avait qu’une grand’mère cassée qui accomplissait au fond de l’âtre immense quelqu’une de ces besognes mystérieuses des vieilles femmes.

La jeune fermière parlait toujours, entre deux taloches à l’aîné des enfants, lorsqu’il devenait trop importun. Et, tout à coup, Fanny entendit cette phrase:

—Du temps du cousin Malandain qu’était «sur la ferme» avant nous.

Et elle dit, comme malgré elle:

—Il n’y a pas longtemps que vous êtes ici?

—Non, répondit l’homme. J’avons r’pris la ferme à mon cousin qu’est parti du côté d’Abbeville.

Il déroula une longue histoire compliquée, pleine de considérants sur les tenants et aboutissants de l’exode du cousin et de sa famille.

Dans sa tête douloureuse, Fanny calcula. Cinq ans que la vieille Marthe était morte. Et, sans souci des convenances rurales, elle l’interrompit.

—Alors, il y a longtemps qu’ils sont partis?

—Deux ans, dit l’homme, deux ans qu’y a eu à Pâques.