Ce fut comme en rêve qu’elle prit congé de la fermière aux mèches blondes, qu’elle monta le haut marchepied de la charrette. Le jeune cheval partit furieusement à travers les arbres magiques, et tourna de court la barrière. Berthe causait avec Malandain pendant que la voiture dévalait les pentes de la colline ronde et que la contrée verte venait à eux comme un beau parc sinueux.

Le fermier les laissa à la gare après tous les compliments voulus de part et d’autre. Le fier petit cheval dansa, et partit. Et les demoiselles se retrouvèrent enfin sur le quai de la gare, seules en face d’elles-mêmes.

Il y eut d’abord le silence gêné qui précède les explications et dans lequel, comme dans un bain, se retrempent les individus avant de s’affronter. Et puis, tout le ronron des Malandain était encore dans leurs oreilles et il leur fallait le laisser diminuer et s’éteindre.

Berthe installa sa sœur sur le banc avec le paquet baroque qui contenait les œufs et elle disparut dans la gare pendant que Fanny rêvait, accablée.

Quand elle revint, elle jeta:

—On a l’ temps jusqu’à presque neuf heures et demie!

En donnant ce coup de sonde, elle cherchait les yeux pâles de sa sœur. Celle-ci leva la tête.

—Le train pour Dieppe?

—Qu’est-ce que tu veux que nous fassions ici à présent?

Alors Fanny rassembla tout son courage.