A l’entrée des deux sœurs, un homme se leva dans la cuisine. C’était un incroyable petit vieux, cassé, délavé, passé, ratatiné, sans âge. Sa figure grise et ravinée ne portait pas la broussaille des vieillards, sauf au-dessus des yeux, qui s’en trouvaient cachés.

Et il dit d’une voix râpeuse:

—Comment qu’ ça va là-haut?

Fanny cacha sa figure dans son mouchoir et Berthe fit un geste sans rien dire. Alors le petit vieux leva le bras avec effort et retira l’espèce de casquette moulée à sa tête qu’il ne quittait jamais. Et ce geste insolite saisit les deux orphelines plus que beaucoup de paroles.

Sur la grande table, une chandelle, dans un chandelier de fer en spirale, grésillait, éclairant mal la vaste pièce. Une casserole chantait sur le fourneau.

Berthe dit:

—As-tu fait à souper, père Oursel? On est bien obligé de manger quelque chose.

—La soupe est prête, répondit le vieux de sa voix parcimonieuse. Mais j’ai pas mis la table dans la salle.

—Ça ne fait rien. Nous mangerons un morceau dans la cuisine, fit Fanny avec lassitude.

Elle s’assit et, comme il arrive, la fatigue tomba sur elle d’un seul coup et elle eut une envie forcenée de s’asseoir dans le coin de la cheminée, à sa place d’enfant, et de s’y endormir, d’oublier, de dormir, de dormir sans rêver.