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Une heure plus tard, à la station suivante, on nous retira de la plateforme, sans connaissance et les quatre membres gelés. A partir de ce moment-là, je fus pris d’une fièvre intense et je demeurai pendant trois semaines entre la vie et la mort. J’appris alors qu’on avait fait une erreur formidable et que j’avais passé cette terrible nuit en compagnie de la caisse à fusils qu’on m’avait attribuée à tort, tandis que le jeune armurier de la gare de départ expédiait consciencieusement le corps de mon pauvre ami à la Société de tir de l’Illinois. J’appris également que les paquets déposés sur le faux cercueil contenaient de cet excellent fromage de Sumberger qui fait les délices des gourmets. Je ne connaissais pas alors les propriétés odoriférantes de ce célèbre fromage, mais je les connais maintenant... hélas!
... Mais toutes ces révélations étaient arrivées trop tard pour me sauver; l’imagination avait fait son œuvre et ma santé était définitivement compromise. Je n’ai pu me rétablir en aucun climat, en aucune station balnéaire. Aujourd’hui, je fais mon dernier voyage; je rentre chez moi pour mourir.
MA PREMIÈRE MACHINE A ÉCRIRE
(Extrait de mon «Autobiographie inédite».)
Il y a quelques jours, je reçus par la poste une vieille lettre jaunie par le temps, écrite à la machine en caractères anciens et signée de moi. En voici la copie:
Hartford, le 19 mars 1875.
«Je vous prie de n’user de mon nom d’aucune façon. Veuillez même ne pas divulguer le fait que je possède une machine à écrire. Je ne m’en sers du reste plus du tout, car je ne pouvais écrire une seule lettre avec cette machine sans recevoir par retour du courrier la plus instante prière de décrire ma machine, de dire quels progrès j’avais fait dans son maniement, etc, etc. Je n’aime pas à écrire des lettres, par conséquent je ne désire pas que l’on sache que je possède ce petit objet de curiosité.»
«Mark Twain.»
Avec cette vieille lettre se trouvait une note me demandant si la signature était authentique et s’il était vrai que j’eusse une machine à écrire en ma possession en 1875.
... Eh bien, la meilleure réponse que je puisse faire à cette demande se trouve dans le chapitre que voici de mon autobiographie inédite: