Mrs Sellers reprit part à la conversation et se mit à questionner Washington sur sa femme, le nombre de ses enfants, leur santé ; ce questionnaire aboutit à une revue de tous les faits qui s’étaient passés à Cherokee depuis quinze ans.

Au même instant, on appela le colonel au téléphone, et Hawkins profita de son absence pour demander à sa femme quel genre de vie avait mené le colonel pendant tout ce temps.

— Toujours la même existence ; avec sa nature, on ne pouvait espérer aucun changement ; il ne s’y serait pas prêté.

— Je le crois facilement !

— Oui ; voyez-vous, il reste immuable et vous avez retrouvé le « Mulberry Sellers » d’autrefois.

— C’est bien vrai.

— Toujours le même bon garçon, généreux, fantasque, plein de cœur et d’illusions ; les mécomptes ne le découragent pas, et on l’aime comme s’il était l’enfant chéri de la Fortune.

— C’est tout naturel ; il est si obligeant et si aimable ! on le sait si accueillant et toujours prêt à rendre service ; il ne vous inspire jamais cette gêne que l’on éprouve lorsqu’il s’agit de demander service à quelqu’un ; il a le don spécial de vous mettre à l’aise tout de suite.

— Son caractère n’a, en effet, pas varié d’un iota ; c’est d’autant plus étonnant qu’il a été horriblement maltraité par les gens qui s’étaient servis de lui comme d’un tremplin. On l’a boycotté le jour où l’on n’a plus eu besoin de ses services. Lorsqu’il s’est aperçu de ces mauvais procédés, son amour-propre en a souffert ; pendant un certain temps, j’ai cru que cette triste expérience lui servirait et qu’il profiterait de la leçon. Mais bast !… quinze jours après, il avait tout oublié et le premier aventurier venu pouvait capter sa confiance en l’attendrissant par ses prétendus malheurs ; Mulberry était prêt à l’aider.

— Votre patience doit être à une rude épreuve quelquefois ?