— Préférez-vous être ici ou là-bas ?

— Où, là-bas ?

— Là-bas, d’où vous venez.

Tracy pensa immédiatement à sa pension et répondit sans hésitation :

— Oh ! sans aucun doute, j’aime mieux être ici.

Le colonel ému se dit : Il n’y a pas d’erreur, me voilà fixé sur la provenance de ce pauvre diable. Eh bien ! je suis content de l’avoir tiré de là.

Il suivait le pinceau de l’œil et pensa en même temps : Eh bien ! cela me dédommage de mon échec avec ce pauvre Lord Berkeley ; il a dû prendre une autre direction, celui-là… et ma foi, tant mieux pour lui.

Sally Sellers rentrait plus jolie que jamais. Son père lui présenta Tracy. Tous deux éprouvèrent le coup de foudre, sans s’en rendre compte, peut-être. Le jeune Anglais pensa en lui-même irrévérencieusement : Peut-être n’est-il pas aussi fou, après tout !

Sally s’assit près de Tracy et s’intéressa à son travail, ce qui lui fit plaisir et lui montra que la jeune fille était intelligente et avait des goûts artistiques. Sellers, très désireux de faire part de ses impressions à Hawkins, s’en alla, disant que si les jeunes artistes pouvaient se passer de lui, il serait bien aise de vaquer à ses occupations.

Il est un peu excentrique, mais rien de plus, pensa Tracy, et il se reprocha d’avoir commis un jugement téméraire à son endroit sans lui avoir donné le temps de se montrer sous son jour véritable.