— Certainement. Il n’aurait pas cette physionomie stupide.

— Pourquoi ?

— Parce que sa conduite au milieu des flammes qui devaient l’asphyxier a été celle d’un héros ; elle dénote chez lui une générosité et une élévation de sentiments incontestables.

Tracy, agréablement flatté par les compliments prodigués par une bouche qu’il trouvait de plus en plus exquise, ne se possédait plus de joie.

— C’est bien fâcheux, dit-il avec douceur, que ce héros n’ait pu connaître l’heureuse impression qu’il produirait sur la plus délicieuse jeune fille du…

— Oh ! je peux presque dire que je l’aimais, car je pense à lui tous les jours. Son esprit rôde sûrement autour de moi.

Tracy trouva cette dernière remarque excentrique et en conçut presque de la jalousie.

— C’est fort bien de penser à lui, de l’admirer, mais il me semble que…

— Howard Tracy êtes-vous jaloux d’un mort ?

Il eut honte. Au fond il se sentait jaloux, et pourtant, il était bien le héros défunt ; les compliments, cette admiration tendre, ne s’adressaient pas à d’autre qu’à lui. Mais à tout bien considérer le défunt était un autre aux yeux de Sally, et, dans ce cas, ces sentiments ne lui étant pas destinés, il avait le droit de se sentir jaloux. Une querelle devait nécessairement résulter de cette divergence d’opinions, mais elle ne fit que les rapprocher davantage. Comme gage de leur réconciliation Sally déclara qu’elle bannissait à tout jamais lord Berkeley de sa mémoire, ajoutant :