Allait-il tout dire et raconter à cette malheureuse enfant toute l’horrible vérité ? Il le fallait, ou du moins il fallait lui ouvrir les yeux, mais il respecterait la douleur de la pauvre Sally et ne lui avouerait pas que Tracy était un criminel.
— Eh bien ! commença-t-il lentement, je vais vous dire tout ce qui en est ; ce récit me coûtera autant qu’à vous son audition. Je le dois cependant. Je connais toute l’histoire de cet homme et je sais qu’il n’est pas fils d’un duc.
Les yeux de la jeune fille lancèrent des éclairs.
— Cela m’est égal, dit-elle sèchement, continuez.
Cette réponse si inattendue coupa la parole à Hawkins, qui ne pouvait en croire ses oreilles.
— Je ne comprends pas très bien, dit-il. Est-il vrai que si cet homme était bien sous tous les rapports, son titre de duc ne compterait pas pour vous ?
— Absolument.
— Comment, vous l’accepteriez tel qu’il est sans regretter qu’il ne soit pas fils de duc ? Un titre comme celui-là ne lui donnerait pas plus de valeur à vos yeux ?
— Aucune valeur. Je vous avouerai, monsieur Hawkins, que j’ai renoncé à tous ces beaux rêves de noblesse, d’aristocratie et à mille autres futilités pour redevenir une simple petite bourgeoise satisfaite de sa situation sociale ; je me suis guérie de ce travers et c’est à Tracy que je le dois ; aussi rien de ce genre ne pourra modifier mes idées. D’ailleurs il est tout pour moi, je l’aime tel qu’il est. Que répondez-vous à cela ?
Elle est joliment emballée, pensa-t-il, il me faut changer de tactique. A quoi bon blâmer chez cet individu des défauts qui lui semblent des qualités ? Donc, sans faire de lui un criminel, je vais imaginer une histoire qui enlèvera à Sally toute illusion sur son compte ; si j’échoue je saurai que le mieux est de se soumettre à la fatalité et je cesserai de contrecarrer la pauvre fille.