— Je n’ai jamais entendu un nom semblable. On dirait un nom de maladie. N’en est-ce pas un ?
— Nullement. C’est un nom biblique ou…
— Non, il n’a rien de biblique.
— Alors, c’est un mot d’anatomie. J’hésitais entre l’un ou l’autre. Oui, en effet, c’est un nom anatomique, c’est celui d’un ganglion ou d’un centre nerveux.
— Eh bien ! continuez, et si vous trouvez encore d’autres noms du même genre, passez-les, ils sont trop désagréables à entendre.
— Très bien, je disais donc que ce fils, n’étant pas aimé dans la famille, fut très délaissé, sous tous les rapports ; on ne l’envoyait jamais en classe, il vagabondait constamment avec des camarades, grossiers, malhonnêtes, ce qui forcément déteignit sur lui, et il est devenu un individu ignorant, vulgaire, un parfait voyou, un…
— Lui, mais il n’est rien de tout cela ! Vous pourriez être moins généreux et ne pas calomnier ainsi un malheureux étranger qui est tout juste l’opposé de ce que vous me dites. Il est au contraire poli, bien élevé, complaisant, simple, doux, raffiné, cultivé. Quelle honte ! Comment pouvez-vous salir ainsi sa réputation !
— Je ne vous blâme pas, ma chère Sally, non vraiment, je ne vous en veux d’aucune manière, car vous êtes aveuglée par votre amour, et vous ne voyez pas toutes ces peccadilles qui sautent aux yeux de tout le monde.
— Des peccadilles ! Vous appelez peccadilles toutes les horribles choses dont vous l’accusez ! Que faut-il donc à vos yeux pour être un assassin et un incendiaire ?
— Il est difficile de répondre à votre question d’une manière précise, car il existe quelquefois des circonstances atténuantes. Chez nous, par exemple, dans nos pays perdus, un assassin, un incendiaire passeraient plus inaperçus que chez vous où ils sont souvent blâmés.