Hawkins répondit avec calme :
— Notre ami faisait partie de cette bande.
Sally était haletante, ses yeux brillaient d’un éclat inaccoutumé, mais elle maîtrisa sa colère, et sut tenir sa langue. L’homme d’État était assis tranquillement, attendant les réflexions de la jeune fille. Il était content de lui. Il venait de remporter une vraie victoire diplomatique. Il ne lui restait qu’à écouter parler Sally, persuadé qu’elle renoncerait bientôt à son fantôme, il n’en pouvait douter. Mais si cependant elle persistait dans ses idées matrimoniales… Eh bien ! tant pis, cette fois il laisserait faire.
Pendant ce temps, Sally s’était ressaisie et avait pris une décision qui tournait hélas à la confusion du major.
— Il n’a que moi pour amie, dit-elle, et je ne l’abandonnerai certainement pas à présent. Je ne l’épouserai sûrement pas, s’il est bien tel que vous me le dépeignez. Mais s’il peut prouver son innocence et sa bonne conduite, je deviendrai sa femme. Je veux au moins lui donner le moyen de se justifier. Il me semble parfaitement bon et charmant, rien en lui ne m’a choquée, en dehors de sa manie de vouloir se faire passer pour fils de duc ; mais ce n’est là qu’une petite forme de vanité bien inoffensive. Et je ne crois pas du tout qu’il soit ce que vous m’avez dit. Trouvez-le et envoyez-le-moi, je le supplierai d’être franc et de me dire toute la vérité sans crainte de m’effrayer.
— Très bien. Je ferai ce que vous voulez. Mais vous savez qu’il est pauvre, Sally, et que…
— Oh ! cela m’est bien égal, je m’en moque. Voulez-vous aller me le chercher ?
— Très bien. Quand voulez-vous le voir ?
— Mon Dieu, il est trop tard ce soir. Mais voulez-vous me l’amener demain matin, promettez-le-moi ?
— Il sera ici comme vous le voulez, demain matin.