Barrow murmura à l’oreille de Tracy :

— Le vieux n’attendait que cette occasion ; il était décidé à ne pas la rater.

— Le procédé est un peu brutal, répondit-il ; puis il se dit, se proposant de transcrire cette pensée dans son journal.

— Eh bien ! dans cette maison où règne l’égalité la plus parfaite de la plus idéale des républiques, où tous les hommes sont libres, où je ne suis pas plus que mon voisin, j’ai le premier jour les yeux crevés par une inégalité flagrante. Quelques-uns parmi les pensionnaires sont considérés pour une raison ou pour une autre, tandis que ce pauvre diable est regardé de travers, traité avec indifférence, avec mépris, abreuvé d’humiliations ; la seule chose qu’on lui reproche est d’être pauvre. L’égalité devrait élever les sentiments ; du moins je me le figurais.

Après le dîner, Barrow lui proposa une promenade. Il avait une raison ; il voulait faire abandonner à Tracy son chapeau de cowboy, car il prévoyait que ce complément de toilette ne l’aiderait pas à trouver de l’ouvrage.

— Si j’ai bien compris, commença Barrow, vous n’êtes pas un cowboy ?

— Non.

— Mon Dieu ! si vous ne me trouvez pas trop indiscret, comment êtes-vous arrivé à vous procurer ce chapeau ?

Tracy, après un moment d’embarras, répondit simplement :

— Eh bien ! sans entrer dans tous les détails, je vous dirai simplement que par suite de circonstances spéciales, j’ai changé de vêtements avec un étranger, et que je voudrais le retrouver pour lui rendre son bien.