— Alors, comment ne le cherchez-vous pas ? Où est-il donc ?

— C’est précisément ce que j’ignore ; j’ai pensé que le meilleur moyen serait de continuer à porter ses vêtements, assez extraordinaires pour attirer l’attention de tous les passants.

— Ah ! je comprends. Le costume en lui-même est assez bien et ne tire pas trop l’œil, bien qu’un peu original. Mais, croyez-moi, supprimez le chapeau ; le propriétaire du costume n’en reconnaîtra pas moins son bien, et ce chapeau paraît vraiment trop étrange dans un pays civilisé. Jamais personne ne voudra vous prendre à Washington avec un accoutrement pareil.

Tracy promit de se procurer un chapeau moins extravagant, et ils montèrent sur la plate-forme d’un omnibus. A peine la voiture avait-elle fait quelques mètres que deux hommes, en les apercevant, se mirent à crier : Le voilà ! le voilà !!

C’étaient Sellers et Hawkins, tous deux si contents qu’ils en restaient pétrifiés et qu’ils n’eurent même pas la force de gagner l’omnibus. Ils résolurent d’attendre la voiture suivante ; mais comme elle tardait à venir, Washington proposa de héler un fiacre. Le colonel l’arrêta :

— Au fond, dit-il, c’est bien inutile ; maintenant que je l’ai extériorisé, je suis maître de sa volonté et je le ferai venir chez moi au moment où nous rentrerons.

Ils retournèrent ensuite chez le colonel, transportés de joie et de bonheur.

Lorsque Tracy eut acheté son chapeau, les deux nouveaux amis rentrèrent tranquillement à leur pension. La curiosité de Barrow à l’égard de Tracy était vivement excitée :

— Vous n’avez jamais été dans les montagnes Rocheuses ? demanda-t-il.

— Non.