—Ce pardon n’est pas valable et ne peut subsister, car il s’appliquait au fait d’avoir tué Chepannik; or il ne l’a pas tué. Un homme ne peut recevoir le pardon d’un crime qu’il n’a pas commis; ce serait une absurdité.

—Mais Excellence, il a tué un homme.

—Ce détail reste complètement étranger à la question, et ne doit nullement nous inquiéter. La cour ne doit pas juger ce crime avant que le prisonnier n’ait expié l’autre.

Le juge Hallec continua:

—Si nous ordonnons l’exécution du prisonnier, Excellence, nous provoquerons une erreur judiciaire, car le gouverneur le graciera de nouveau.

—Il n’en aura pas le pouvoir. Il ne peut gracier un homme pour un crime qu’il n’a pas commis. Comme je le faisais remarquer tout à l’heure, ce serait une absurdité.

Après un moment de réflexion, le juge Wadsworth ajouta:

—Plusieurs de mes collègues et moi, arrivons à conclure, Excellence, que nous commettrions une erreur en faisant pendre le prisonnier pour avoir tué Chepannik, alors que tout prouve qu’il ne l’a pas tué.

Au contraire, il est prouvé qu’il a tué Chepannik. Le précédent français établit que nous devons nous en tenir au jugement de la cour.

—Mais Chepannik est encore en vie.