—Non, ce n’est pas mon idée; il ne faudrait nullement les dénoncer, car vous risquez de leur faire perdre leurs moyens d’existence; mais vous feriez semblant de les dénoncer. Je n’aime jamais employer la force, car la force constitue un mauvais procédé; la diplomatie vaut mille fois mieux quand un homme a du tact et qu’il sait s’en servir.
Depuis deux minutes nous attendions devant un guichet du télégraphe, et le major s’évertuait en vain d’attirer l’attention d’un des jeunes employés qui plaisantait avec ses voisins. Le major prit alors la parole et demanda à l’un d’eux de recevoir son télégramme. Un employé lui répondit sur un ton dégagé:
—Il me semble que vous pourriez bien attendre une minute, n’est-ce pas?
Et les plaisanteries continuèrent de plus belle.
Le major répondit qu’il n’était pas pressé et qu’il attendrait, puis il rédigea le nouveau télégramme suivant:
«Président de l’Union Télégraphique; venez dîner avec moi ce soir, je vous édifierai sur ce qui se passe dans un de vos bureaux.»
Au moment où le jeune employé saisit le télégramme, il pâlit brusquement et commença à faire des excuses, déclarant qu’il perdrait sa place si ce télégramme arrivait à destination. Il promit au major de ne plus jamais recommencer, s’il consentait à lui pardonner.
En sortant du bureau, le major me dit:
—Tenez, voilà de la diplomatie. Vous voyez qu’elle a produit son effet. Presque toujours les gens s’emportent et tempêtent, mais cela n’avance à rien. Croyez-moi, la douceur et la diplomatie sont les meilleurs procédés.