—C’est possible, mais encore une fois rien ne presse. Dans les hôtels on affiche dans les chambres certains règlements, mais on cite toujours à l’appui de ces règlements les passages de la loi qui les régit. Je ne vois rien ici qui soit affiché. Veuillez donc justifier de votre pouvoir et finissons-en, car vous voyez bien que vous troublez notre jeu.

—J’ai des ordres, je les exécute, cela suffit; on doit m’obéir.

—N’arrivons pas si vite à la conclusion. Il vaut beaucoup mieux examiner cette question de sang-froid et ne pas nous emballer à la légère, car le fait d’entraver la liberté d’un citoyen des Etats-Unis constitue une offense beaucoup plus grave que vous et les Compagnies de chemin de fer ne semblez le croire; et pour ma part je ne souffrirai une atteinte portée à ma liberté qu’autant que la restriction de ma liberté paraîtra justifiée. Ainsi donc...

—Mon cher monsieur, voulez-vous déposer ces cartes?

—Nous verrons tout à l’heure, cela dépendra. Vous dites qu’on doit vous obéir. Ce mot «doit» est bien sévère! Une compagnie avisée ne devrait pas vous imposer un règlement aussi drastique sans prononcer une peine contre toute infraction à ce règlement. Autrement elle risquerait de se faire moquer d’elle en émettant des prescriptions qui restent lettre-morte. Quelle est la peine prévue pour une infraction à cette loi?

—Une peine! je n’en ai jamais entendu parler.

—Sans contredit vous vous trompez. Votre Compagnie vous ordonnerait d’arrêter un jeu innocent et elle ne vous donnerait aucun moyen de faire respecter cet ordre! Ne voyez-vous pas que ce serait insensé? Que faites-vous quand les gens refusent d’obéir à cette injonction? Leur arrachez-vous les cartes des mains?

—Non.

—Débarquez-vous le délinquant à la prochaine station?

—Non, nous ne le pouvons s’il a un billet.