—Le traduisez-vous devant un tribunal?

Le conducteur restait silencieux et paraissait troublé. Le major continua:

—Vous voyez bien que vous êtes sans recours et que la Compagnie vous place dans une situation grotesque. Vous formulez un ordre sur un ton arrogant avec un certain fracas, et lorsqu’il s’agit de le faire exécuter vous vous apercevez que vous n’avez aucun moyen d’imposer obéissance.

Le conducteur reprit avec dignité:

—Messieurs, je vous ai donné un ordre formel, mon devoir s’arrête là. Obéissez ou n’obéissez pas, je m’en lave les mains!

Et ce disant, il fit mine de tourner les talons.

—Permettez, ne vous en allez pas; vous vous trompez en croyant votre devoir accompli; en tout cas moi j’ai un devoir à remplir.

—Que voulez-vous dire?

—Allez-vous dénoncer ma désobéissance à la Direction à Pittsburg?

—Non, à quoi cela servirait-il?