—Par Dieu! vous voyez juste! je n’y avais jamais pensé avant; au fond quand on y réfléchit, ce règlement paraît stupide.

Sur ces entrefaites le surveillant du train arriva et fit mine de vouloir faire cesser le jeu; mais le conducteur du wagon l’arrêta et le prit à part pour lui expliquer la situation. Tout en resta là.

Pendant onze jours, je séjournai à Chicago, malade dans mon lit; je ne vis donc rien de la foire et je dus retourner dans l’est, dès qu’il me fut possible de voyager. Le major prit la précaution de retenir un wagon-salon pour me donner plus de place et rendre mon voyage plus confortable; mais quand nous arrivâmes à la gare, par suite d’une erreur, notre wagon n’était pas attaché au train. Le conducteur nous avait bien réservé une section du compartiment, mais, nous assura-t-il, il lui avait été impossible de faire mieux. Le major déclara que rien ne nous pressait et que nous attendrions jusqu’à ce qu’on ait accroché un wagon. Le conducteur lui répondit avec une certaine ironie:

—Possible que vous ne soyez pas pressé, comme vous le dites, mais nous n’avons pas de temps à perdre; veuillez monter, messieurs, et ne nous faites pas attendre.

Mais le major refusa de monter en wagon et il m’engagea fort à l’imiter. Il déclara qu’il voulait son wagon et qu’il l’aurait; le conducteur impatienté s’écria:

—Nous ne pouvons mieux faire, nous ne sommes pas tenus à l’impossible. Vous occuperez ces places réservées ou vous ne partirez pas. On a commis une erreur qui ne peut être réparée au dernier moment. Le fait se produit quelquefois et personne n’a jamais fait autant de difficultés que vous.

—Ah! précisément; si tous les voyageurs savaient faire valoir leurs droits, vous n’essaieriez pas aujourd’hui de trépigner les miens avec une pareille désinvolture. Je ne tiens pas spécialement à vous causer des désagréments, mais il est de mon devoir de protéger mon prochain contre cette sorte d’empiètement. J’aurai mon wagon-salon ou bien j’attendrai à Chicago et je poursuivrai la Compagnie pour violation de son contrat.

—Poursuivre la Compagnie pour une telle bagatelle?

—Certainement.

—Vous le feriez réellement?