—Oui.

Le conducteur regarda le major avec étonnement et ajouta:

—Décidément vous avez raison; j’y vois clair maintenant, je n’y avais jamais songé auparavant. Tenez, je vais envoyer chercher le chef de gare.

Ce dernier arriva et parut plutôt ennuyé de la réclamation du major (mais pas du tout de l’erreur commise).

Il accueillit la plainte du major avec brusquerie et sur le même ton que le conducteur du train au début; mais il ne sut fléchir le major qui réclama plus énergiquement que jamais son wagon-salon. Cependant le chef de gare s’amadoua, chercha à plaisanter, et esquissa même un semblant d’excuses. Cette bonne disposition facilitait un compromis, le major voulut bien faire une concession. Il déclara qu’il renoncerait au wagon-salon retenu par lui à l’avance, à condition qu’on lui en fournît un autre. Après des recherches ardues on finit par trouver un voyageur de bonne composition qui consentit à échanger son wagon-salon contre notre section de compartiment. Dans la soirée, le surveillant du train vint nous trouver et, après une causerie très courtoise, nous devînmes bons amis. Il souhaitait, nous déclara-t-il, que le public fît plus souvent des protestations; cela produirait un très bon effet d’après lui, les Compagnies de chemin de fer ne se décideraient à soigner les voyageurs qu’autant que ces derniers défendraient eux-mêmes leurs propres intérêts.

J’espérais que notre voyage s’effectuerait maintenant sans autres «incidents réformateurs», mais il n’en fut rien.

Au wagon-restaurant, le matin, le major demanda du poulet grillé; le garçon lui répondit:

—Ce plat ne figure pas sur le menu, monsieur, nous ne servons que ce qui est sur le menu.

—Pourtant je vois là-bas un voyageur qui mange du poulet grillé.

—C’est possible, mais ce monsieur est un inspecteur de la Compagnie.