—Ne continuez pas, vous alliez encore dire un mensonge. Je sais ce que vous lui avez raconté: que la cuisinière était partie et qu’il ne restait rien du déjeuner; double mensonge, car la cuisinière se trouvait près de vous derrière la porte avec un panier plein de provisions.
L’exactitude de cette affirmation m’imposa silence; plein d’étonnement je me demandai comment ce nain pouvait être si bien renseigné.
Le mendiant avait pu lui rapporter notre conversation, mais comment connaissait-il la présence de la cuisinière alors invisible?
Le nain continua:
—Vous vous êtes montré bien dur, bien égoïste en refusant de lire l’autre jour le manuscrit que cette pauvre jeune femme avait soumis à votre appréciation; elle était venue à vous de très loin, pleine d’espoir, n’est-ce pas vrai?
Je rougis très fort et répondis:
—Ah! çà, aurez-vous bientôt fini de fourrer votre nez dans les affaires des autres? Cette jeune femme s’est-elle plainte à vous?
—Ceci ne vous regarde pas. Vous n’en avez pas moins commis cette vilaine action et vous en êtes honteux maintenant. Oui, vous en êtes bel et bien honteux, ajouta-t-il, avec une sorte de joie diabolique.
—J’ai dit à cette jeune personne le plus gentiment possible que je ne consentirais à me prononcer sur aucun manuscrit, parce qu’à mon avis le jugement d’un seul individu est sans valeur; le public constitue le seul tribunal capable de se prononcer sur une œuvre littéraire; aussi vaut-il mieux la soumettre dès le début à son appréciation.