—Venez, ma conscience, soyons amis; il me tarde de vous poser quelques questions.
—Soit, commencez.
—Eh bien, en premier lieu, dites-moi pourquoi avant ce jour vous m’êtes restée invisible?
—Parce que vous n’aviez jamais demandé à me voir; parce que vous ne vous étiez jamais adressé à moi dans une bonne disposition d’esprit et en termes convenables. Cette fois vous me paraissez en bonne veine et vous avez fait appel à votre plus acharné ennemi sans vous douter que j’étais cette personne.
—Mais alors ma remarque vous a donné la forme d’un être en chair et en os?
—Nullement; elle m’a seulement rendue visible pour vous; je suis «insubstantielle», comme tous les autres esprits.
Cette déclaration m’affecta péniblement: si elle est insubstantielle, pensai-je, comment pourrais-je la tuer?
Je continuai cependant avec persuasion:
—Oh! ma conscience, pourquoi restez-vous donc si loin de moi? Descendez et venez fumer une autre pipe.
Le nain me jeta un coup d’œil narquois et me répondit: