«Lorsque nous ouvrîmes notre premier puits, Tom Quartz sembla se demander ce que «diantre» tout cela signifiait. Il n’avait jamais vu de mineurs travailler de cette façon; il n’y comprenait plus rien, en restait ébahi; tout cela le dépassait et lui paraissait de la pure folie. Ce chat, voyez-vous, méprisait cordialement les innovations et ne pouvait les supporter. Vous savez ce que sont les vieilles habitudes!
«Peu à peu pourtant, Tom Quartz sembla se réconcilier légèrement avec ces nouvelles inventions, bien qu’il ne pût comprendre pourquoi nous creusions perpétuellement un puits sans jamais ramener la moindre corbeille d’or. De guerre lasse il se décida à descendre lui-même dans le puits pour se rendre compte de la situation. Lorsqu’il s’aperçut que nos dépenses s’accumulaient, sans nous laisser un centime de profit, il prit un air de profond dégoût, fit une moue très prononcée, se coucha en rond dans un coin, et se mit à dormir.
«Notre puits avait atteint 8 pieds de profondeur, et la roche devenait si dure que nous décidâmes de la faire sauter par explosion. C’était la première fois que nous faisions jouer la mine depuis la naissance de Tom Quartz. Nous allumâmes donc la mèche, et sortîmes du puits, en nous éloignant d’environ 50 mètres. Par un oubli inconcevable, nous laissâmes Tom Quartz endormi sur son sac de gunny.
«Une minute plus tard, nous vîmes un tourbillon de fumée sortir du trou, un effroyable craquement se produisit, et environ 4.000 tonnes de rocailles, de terre, de fumée, de débris, furent projetées en l’air à plus d’un mille et demi de hauteur. Par Saint Georges, au centre même de cet effroyable chaos, nous vîmes voler Tom Quartz, sens dessus dessous, crachant, éternuant, jurant et griffant. Nous le perdîmes ensuite de vue pendant deux minutes et demie: puis, soudain, une pluie de rocs et de décombres retomba devant nous, et à dix pieds de l’endroit où nous nous trouvions mon chat se retrouva sur ses pattes. Jamais vous n’imaginerez un animal plus piteux: une de ses oreilles était rabattue sur son cou, sa queue menaçait le ciel comme un panache et il clignait des yeux avec frénésie; noir de poudre et de fumée, son corps était souillé de la tête à la queue. Nous eûmes d’abord envie de lui faire des excuses, mais nous ne trouvâmes pas un mot à lui dire. Il jeta sur lui-même un regard dégoûté, puis il nous fixa et sembla nous dire: «Vous trouvez peut-être charmant, messieurs, de vous moquer d’un chat qui n’a jamais vu sauter une mine, mais sachez bien que je ne partage pas votre avis.» Puis il tourna sur ses talons et regagna ma hutte sans ajouter un mot.
«Vous me croirez si vous voulez, mais après cet incident jamais chat n’eut des préjugés plus arrêtés que Tom Quartz contre l’exploitation du quartz aurifère.
«Lorsque dans la suite il se décida à redescendre au puits, il fit preuve d’une sagacité étonnante. Toutes les fois que nous préparions une explosion et que la mèche commençait à crépiter, il nous regardait et semblait nous dire: «Vous voudrez bien m’excuser, n’est-ce pas?»—puis il sortait du trou et grimpait sur un arbre. Vous appellerez cela si vous voulez de la sagacité, pour moi je déclare que c’est de l’inspiration!»
—Dites donc, monsieur Baker, remarquai-je, le préjugé de votre chat contre l’extraction du quartz aurifère me paraît explicable étant données les circonstances qui le firent naître. Avez-vous jamais pu guérir votre chat de ce préjugé?
—Le guérir! Certes non! Quand Tom Quartz a mis quelque chose dans sa tête, c’est bien pour toujours; il a une telle caboche! quand même vous le feriez sauter en l’air trois millions de fois sans interruption, vous n’extirperiez pas de son cerveau son stupide préjugé contre l’extraction du quartz!
LA FÊTE DISPENDIEUSE DU COLONEL MOSES GRICE
(D’APRÈS RICHARD JOHNSTON)
A part la visite d’un ventriloque débutant qui venait de passer dans cette région en faisant son tour de province, la petite ville de Dukesborough n’avait jamais vu d’autre spectacle qu’une exhibition de quelques figures en cire.