—Il faut leur donner quelque chose à manger, dit M. Peterkins à voix basse; cela les calmera.

—Si seulement je savais ce qu’ils ont l’habitude de manger! continua Mᵐᵉ Peterkins.

Salomon-John suggéra qu’aucun des professeurs ne savait ce que son voisin avait l’habitude de manger: on pouvait donc leur offrir n’importe quoi.

Mᵐᵉ Peterkins se montra plus hospitalière que son fils, et déclara qu’Amanda pourrait préparer du bon café. M. Peterkins proposa un plat américain. Salomon-John envoya un des jeunes garçons chercher des olives.

Bientôt on servit le café et un plat de fèves bouillies; peu après arrivèrent les olives, le pain, des œufs à la coque et quelques bouteilles de bière. L’effet fut prodigieux! Chaque individu se mit à parler sa propre langue avec volubilité; Mᵐᵉ Peterkins versa du café à l’Espagnol qui s’inclina avec grâce. Tous aimaient la bière, tous aussi les olives.

Le Français s’étendit longuement sur «les mœurs américaines». Elisabeth-Elisa supposa qu’il faisait allusion à l’absence de nappe sur la table. Le Turc souriait, le Russe parlait avec animation. Au milieu du brouhaha produit par ces différentes langues, M. Peterkins répétait d’un air navré:

—Comment leur ferons-nous donc comprendre qu’ils doivent nous donner des leçons?

Au même instant la porte s’ouvrit et donna passage à la parente de Philadelphie qui, arrivée le jour même, venait faire sa première visite.

En entendant le bruit tumultueux de ces différentes conversations, elle recula d’effroi. La famille se précipita au-devant d’elle avec joie. Tous en même temps lui demandèrent de leur servir d’interprète auprès des professeurs. Pouvait-elle leur venir en aide? Pouvait-elle expliquer aux étrangers qu’on attendait d’eux des leçons? Des leçons! A peine avaient-ils prononcé ce mot que leurs hôtes se dressèrent tous comme un seul homme, la face rayonnante de joie. C’était le seul mot anglais que tous connaissaient. Ils étaient venus à Boston pour «donner des leçons». Le voyageur russe espérait ainsi apprendre l’anglais. Cette idée de leçon semblait leur plaire plus que le déjeuner. Assurément, ils donneraient bien volontiers des leçons. Le Turc sourit à cette perspective. La glace était rompue: les professeurs savaient maintenant qu’on attendait d’eux des leçons.

PERCE, MON AMI, PERCE!