—Infâme pitre au dos moucheté, aux jambes bariolées, à la face barbouillée, vilain bouffon au chapeau pointu!

A chacune de ces apostrophes violentes, le pauvre clown tendit le cou et se leva progressivement; lorsque le colonel eut apaisé son répertoire d’injures, le clown se trouvait debout et d’un air piteux bégaya:

—Mon cher colonel Grice.....

—Fermez votre ignoble bouche rouge, tonna le colonel, je me moque pas mal de votre whisky! j’en ai du meilleur chez moi; vous, pauvre hère, vous n’avez jamais bu son pareil. Lorsque vous m’avez demandé de boire avec vous, pour ne pas vous humilier j’étais prêt à accepter votre invitation. Voilà plusieurs jours que je vous régale, vous et tous vos piètres compagnons; je vous ai amené plus de cinquante spectateurs et pour me récompenser vous...

—Mon cher colonel Grice, recommença le clown...

Le colonel reprit la série de ses épithètes injurieuses; à ce moment, le chef-écuyer, qui n’avait pu encore placer un seul mot, s’écria sur un ton calme:

—Ne voyez-vous donc pas, colonel Grice, que tout cela n’est qu’une plaisanterie suggérée par un de vos voisins? La bouteille ne contenait que de l’eau; je vous demande bien pardon si cette farce vous a déplu, mais il me semble que les épithètes dont vous vous êtes servi valent déjà une expiation.

—Venez, Moses, venez, cria miss Cash, qui venait seulement de maîtriser son fou rire; nous appellerons cela un prêté-rendu, Moses; vous avez joué un tour à Bill Williams qui n’a pas protesté; maintenant il vous rend la monnaie de votre pièce et vous vous indignez. Ah! Ah! qu’en dites-vous?

A ces mots, tous les assistants partirent d’un violent éclat de rire.

Le colonel hésita un instant; puis, comprenant que sa place n’était pas au milieu d’une arène de cirque, il fit demi-tour et se dirigea vers la sortie.