Je dois vous faire remarquer ici judicieusement que le prix courant du foin pendant cette même année et une partie de l’année suivante fut réellement de 250 dollars la tonne. Pendant l’année précédente le foin s’était vendu 500 dollars or, et pendant l’hiver précédent il y avait eu en certains endroits telle pénurie de ce produit que sa valeur avait atteint jusqu’à 800 dollars la tonne!

La conclusion de cet état de choses est facile à tirer: les gens épuisèrent leur provision de foin, la disette s’en suivit pour le bétail et avant l’arrivée du printemps, les vallées de Carson et d’Eagle se trouvèrent littéralement jonchées de carcasses. Ce que j’affirme est d’ailleurs facile à vérifier.

Je me débrouillai pour payer la pension de mon cheval, et le même jour, je donnai mon sauteur mexicain pur sang à un émigrant de l’Arkansas que le sort me fit rencontrer. Si mon récit lui tombe jamais sous les yeux il se souviendra certainement de ma donation.

Quiconque a eu jamais la bonne fortune de monter un véritable sauteur mexicain reconnaîtra l’exactitude de la description que je fais de cet animal dans ce chapitre. Il ne la trouvera pas exagérée; mais quiconque ne connaît pas ce genre d’animal très spécial me reprochera sans doute d’en faire un portrait grotesque et fantasque.

L’HOMME LE PLUS MÉCHANT ET LE PLUS STUPIDE DE TURQUIE
(D’APRÈS SAMUEL COX)

Il y a quelques années de cela, le drogman de la légation américaine à Constantinople fut appelé à servir d’arbitre dans une contestation entre un étranger et un vieux Turc, docteur en droit et en théologie. Après plusieurs tentatives de conciliation, le drogman conclut que le docteur était un individu méchant et rébarbatif. Ce dernier avait précédemment exercé les fonctions de cadi au tribunal civil de Smyrne. Le drogman lui conta une histoire pour son instruction. Le fait se passe dans le vieux Stamboul, peu importe l’époque, la morale qui en découle peut s’appliquer à n’importe quelle région et à n’importe quel temps.

Nous dirons que l’histoire remonte à la fin du XVIᵉ siècle, époque à laquelle l’empire turc était florissant et en pleine prospérité, sous le règne d’Amurath III, sixième empereur ottoman, petit fils de Suliman le Magnifique.

Comme cette histoire le prouvera, ce sultan n’était pas le plus médiocre des empereurs ottomans: grand, l’air viril, plutôt gros de constitution, très pâle de figure, il portait une longue barbe effilée. Il n’avait pas l’air aussi féroce que les autres sultans; beaucoup moins débauché et pas du tout viveur, il châtiait les ivrognes et s’accordait à peine chaque jour un petit verre d’absinthe.

Son peuple savait qu’il aimait la justice; on le considérait comme un bon prince, bien qu’il ait fait étrangler ses frères; l’histoire ajoute qu’à la vue de leurs cadavres il ne put retenir ses larmes, car il ne se complaisait pas dans ces actes de cruauté barbare exigés par la forme et le bon ordre de son gouvernement.

Mais revenons à notre histoire du drogman. Elle fut ainsi racontée à la légation, l’été dernier, pendant une sieste de doux farniente: