Il y avait un homme appelé Mustapha qui vivait près de la Porte d’Or; il était très vieux, très riche; sur le point de mourir il fit venir son fils et lui tint le langage suivant:
—Mon cher enfant, je vais mourir; avant de vous quitter, je veux vous indiquer mes dernières volontés. Voici cent livres, vous les donnerez à l’homme le plus méchant que vous rencontrerez. Voici cent autres livres, vous les donnerez à l’homme le plus stupide que vous découvrirez.
Quelques jours après le père mourut; son fils se mit en quête du méchant homme; on lui en indiqua plusieurs, mais ils ne lui parurent point assez méchants. De guerre lasse, il loua un cheval et se rendit à Yosgat, en Asie-Mineure. Là tous les habitants à l’unanimité lui désignèrent leur cadi comme l’homme le plus exécrable du monde. Cette révélation donna entière satisfaction au jeune homme. Il se rendit chez le cadi, lui raconta l’histoire du testament de son père et ajouta:
—Comme je tiens à accomplir la volonté de mon père, je vous prie d’accepter ces cent livres.
—Mais, objecta le cadi, comment savez-vous que je suis si méchant?
—Le témoignage de toute la ville me l’indique, répondit le fils.
—Notez bien, jeune homme, reprit le cadi, qu’il est contraire à mes principes d’accepter le moindre présent; si je reçois de l’argent, c’est à un point de vue tout spécial; je n’accepterai votre offre que si je puis vous donner l’équivalent de votre argent.
Cette réponse du cadi paraissait juste et elle embarrassa le jeune homme; cependant, comme il désirait avant tout accomplir la volonté de son père, il insista auprès du cadi.
—Monsieur le juge, reprit-il, si vous me vendiez quelque chose, la volonté de mon père n’en serait pas moins respectée, il me semble?
—Ceci demande réflexion, reprit le cadi en regardant tout autour de lui comme s’il cherchait quel objet il pourrait vendre au jeune homme en respectant la volonté du testament.