—Mais, cadi Effendi, répliqua le jeune homme, qu’à cela ne tienne, laissez-la fondre, laissez-la voler ou piétiner, je ne vous en réclamerai pas la valeur.
—Pas le moins du monde, dit le cadi, vous n’avez pas le droit d’obstruer ainsi la voie publique; faites-moi le plaisir d’enlever votre neige ou je me verrai dans l’obligation de vous mettre en prison et de vous rendre responsable du gaspillage d’une propriété que vos héritiers pourront revendiquer un jour ou l’autre.
—Faites-la balayer, reprit le jeune homme, j’en supporterai les frais.
—Par exemple, répondit le cadi indigné, me prenez-vous pour votre domestique? Vous n’avez pas l’air de vous douter que ce balayage coûterait encore fort cher.
—J’en paierai la dépense, quelle qu’elle soit, répéta le jeune homme.
—Eh bien, elle se montera à vingt livres, dit le cadi.
—Je les paierai, répondit le jeune homme.
C’est ainsi que le cadi extorqua vingt livres supplémentaires au fils du défunt.
Pourtant le jeune homme se déclara satisfait. Il fut enchanté de trouver en la personne de ce cadi un homme dont la bassesse de caractère lui permettait d’accomplir la volonté de son père.
Après cette expérience, le jeune homme se mit à la recherche de l’homme stupide pour accomplir la deuxième clause du testament de son père. Cette fois il limita ses recherches à la cité de Stamboul, qu’il habitait. Il montait la rue qui mène à la Sublime Porte lorsqu’il entendit résonner l’écho d’un brillant orchestre. Il se dirigea du côté de la musique; arrivé à une petite distance, il aperçut une grande procession avec un déploiement de soldats. Un homme très âgé, revêtu d’un magnifique uniforme, montait un cheval arabe, dont la robe était d’une blancheur immaculée. Une quantité de décorations de toutes tailles et de toutes couleurs couvrait la poitrine de ce vieillard. Le harnachement du cheval était constellé de broderies d’or.