Malgré cela je l’aimais à la folie, enchanté de voir qu’elle savait tout prendre du bon côté; une femme de cette heureuse trempe de caractère me serait des plus précieuses, au train où marchaient mes affaires!
Je lui dis naturellement que j’avais déjà dépensé par anticipation deux années de mes appointements; elle me répondit que cela lui était égal, pourvu que je susse modérer mes dépenses et que je n’empiétasse pas sur ma troisième année de solde.
Elle parut pourtant un peu préoccupée et me demanda si je ne me trompais pas, et si j’étais bien sûr du chiffre des appointements que je devais toucher la première année. Cette question, quoique pleine de bon sens, me donna un peu à réfléchir sur ma situation, mais elle me suggéra en même temps cette heureuse réponse:
—Portia, ma chère Portia, consentiriez-vous à m’accompagner le jour où je dois avoir un entretien avec mes deux bienfaiteurs?
Elle hésita un instant, puis me répondit:
—Pourquoi pas, si ma présence doit vous encourager ou vous servir en quoi que ce soit. Cependant, ce ne serait peut-être pas très convenable, qu’en dites-vous?
—C’est bien mon avis, au fond: mais voyez-vous, cette entrevue doit avoir une telle importance pour notre avenir, que...
—Entendu, j’irai avec vous; tant pis pour le «qu’en dira-t-on?», me répondit-elle, dans un élan sublime d’enthousiasme. Je serais si heureuse de vous rendre service!
—Me rendre service, ma chérie? Mais c’est vous qui jouerez le rôle principal dans cette entrevue. Vous êtes si jolie, si délicieuse, si captivante, que votre seule présence va faire doubler mes appointements: devant vous, mes deux vieux milliardaires n’oseront pas marchander mes services.
Ah! si vous aviez vu son joli teint s’illuminer et ses yeux briller de joie, quand elle me répondit: